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Lara Almarcegui

Lara ALMARCEGUI

Le travail de Lara Almarcegui s'élabore en dehors du champ spécifique de l'art. D'objets, elle n'en fabrique pas ou très peu et les actions qu'elle mène n'ont que très rarement lieu dans l'espace muséal. Terrains vagues, jardins d'ouvriers, bâtiments en démolition ou chantiers laissés en friche, représentent autant de territoires particuliers dont Lara Almarcegui s'empare, le temps d'une action.

Orientée vers les espaces urbains, sa pratique interroge notre rapport à l'architecture et à la ville. L’histoire débute par une performance en 1995 à Saint-Sébastien (Espagne). L'artiste décide de restaurer un vaste bâtiment servant autrefois de marché. Pendant un mois, elle s'installe sur un échafaudage et travaille à sa façade. Déjà se profile ce qui deviendra un des axes majeurs de son travail : désigner, par une intervention ponctuelle et physiquement engagée, une réalité urbaine existante susceptible de disparaître. En 1998, son intérêt se déplace vers les terrains vagues et les chantiers laissés à l'abandon de la ville d'Amsterdam. L’artiste procède alors à un repérage minutieux de ces sites et les photographie. À partir de ces documents, qu'elle prend soin de décrire méticuleusement, elle réalise un guide de type touristique. Intitulé Wastelands Map Amsterdam, guide to the empty sites of Amsterdam, ce guide s'attache à détourner le principe même sur lequel repose l'industrie touristique : ne montrer que la face lisse et aseptisée d'un endroit. L’intérêt porté à la ruine, au chaos et à la désorganisation est au cœur de sa pratique qui s'inscrit dans la filiation du Land Art et rejoint les thèses développées par Robert Smithson sur l'entropie. Cependant, le travail de Lara Almarcegui est à comprendre comme un véritable dialogue avec l'architecture et l'urbanisme, un dialogue qui la plupart du temps se matérialise sous la forme de traces photographiques qu'elle présente lors de ses expositions.

En 2001, à Bruxelles, l’Etablissement d'en face l'invite à exposer. Dans un premier temps, elle fait évaluer la nature et la quantité de matériaux qui furent nécessaires à l'édification du bâtiment et propose d'y placer l'ensemble de ces matériaux (bois verre, ciment, fer, etc.). Un peu plus tard, en 2003, elle met aussi en pièce le Frac Bourgogne. Ainsi, l'artiste n'ajoute pas d'objets supplémentaires mais redouble la quantité de matériaux existants. Ce faisant, elle pose la possibilité d'un clonage éventuel de l'espace. Ces matériaux vont alors, le temps de l'exposition, transformer l'espace en un véritable chantier, le même qui présida à son existence. Précisons que ce type d'action trouve son origine en Lorraine, à Phalsbourg, où l'artiste s'attacha à calculer le volume et la nature des matériaux ayant servi à construire un château d'eau puis les plaça aux côtés de l'édifice. Telle une radiographie, la structure interne de l'édifice était ainsi livrée à l'appréciation du spectateur.

Enfin, depuis 1999, Lara Almarcegui cultive son propre terrain : un jardin d'ouvrier en banlieue de Rotterdam. Elle s'y consacre pleinement, considérant ce lopin de terre comme son atelier. Cet engagement d'un type particulier permet de saisir toute la portée sociale de son travail.

Article de Nathalie Stefanov - FRAC Bourgogne