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Bernard AUBERTIN

Après s’être refusé à suivre des études dans une école d’art, Bernard Aubertin fait en 1957 la rencontre d’Yves Klein, qui sera capitale pour lui. Il réalise dans la foulée ses premiers monochromes rouges structurés par des touches épaisses, réalisées au couteau ou à l’aide d’autres instruments. En 1960, il découvre que cette structure peut être rendue avec des clous, présentés têtes ou pointes en haut. Suivront la vis, le piton et les allumettes et, de ces dernières, naîtront en 1961 les Tableaux-feu. Cette même année, il rejoint le groupe Zero (Otto Piene, Heinz Mack, Günther Uecker) de Dusseldorf.

Les recherches du groupe prennent en compte l’espace, la science, les nouveaux matériaux, la technologie. Mais surtout une commune méfiance à l’égard du langage réunit ces artistes. « L’art, dira Bernard Aubertin, n’est pas expression mais connaissance, on n’a pas quelque chose à dire, on peut seulement être. ». La mono-chromie veut annuler le geste subjectif au profit de la manifestation d’un pur espace et d’une énergie vitale anonymes. Bernard Aubertin attribue une valeur libératrice et prophétique au rouge, au « feu en lévitation », dans lesquels il voit une matérialisation de la culture « extra-sensorielle ». En ce sens, ses préoccupations métaphysiques sont demeurées proches de celles qu’on rencontre dans le discours d’Yves Klein, et pour lui « le “corps” ontologique de la couleur matérialise l’existence de l’être spirituel ».

Le Tableau-clou, monochrome rouge de 1984, n’est en rien différent des tableaux semblables réalisés dans les années soixante-dix. Dans un courrier adressé au Frac, l’artiste nomme son tableau Zérotique ; il manifeste ainsi la permanence de sa démarche, en donnant à ce tableau de 1980 une dénomination tirée de celle du groupe auquel il a appartenu à partir de 1961. Le motif de la planche à clous – leurs pointes ne sont-elles pas tournées de façon quelque peu agressive, vers le spectateur ? – est ici subverti au profit de la peinture ; par leur nombre, les clous font une texture et la couleur rouge unifiante finit d’opérer la transmutation de l’objet.