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Renaud Auguste-Dormeuil

Renaud AUGUSTE-DORMEUIL

Le travail de Renaud Auguste-Dormeuil suit une ligne directrice qui n’est pas sans rappeler la paranoïa ambiante dans notre société occidentale. Ses interventions - souvent ponctuelles - sonnent avec justesse et à propos, s’installent de manière permanente par le biais de formes informatives et utilitaires.

Renaud Auguste-Dormeuil détecte les systèmes et les lieux de surveillance dont il fait de nouvelles cartographies destinées a priori aux personnes fréquentant déjà ces lieux. Sous le terme générique de « Réseau MABUSE diffusion », il étudie les systèmes de sécurité des musées dont il constitue des visites guidées et commentées à écouter au casque dans lesquelles il dévoile et décrit le nombre de gardiens, les emplacements extérieurs et intérieurs des caméras, la présence de portes cachées, de faisceaux infra rouge, de systèmes incendie et d’accrochage des œuvres… (Visite guidée à thème : sécurité et patrimoine, Musées des Beaux-arts d’Orléans, Bourges, Tours, Chartres, Musée d’art Moderne de la Ville de Paris, 1998-2001).

En 2000, il organise des visites en minibus des Ier, IIe, IVe et VIe arrondissements de Paris, repérant les emplacements insolites de caméras de vidéosurveillance et permettant à son public de se faire filmer (Mabuse Paris Visit Tour 11, exposition Nous nous sommes tant aimés, Ensba, Paris, 2000). Renaud Auguste-Dormeuil joue ainsi sur l’ambivalence des obsessions sécuritaires qui rassurent les uns tout en inquiétant les autres, et inversement. Il passe nos institutions, nos villes et nos médias à travers le filtre de son regard décalé et intraitable, qui met en évidence ce que nous ignorons délibérément pour l’avoir intégré.

Ayant constaté que la plupart des reportages télévisés témoignant d’attentats ou de catastrophes naturelles sont filmés depuis des terrasses d’hôtels qui permettent une vue dramatique en arrière-plan du journaliste, l’artiste met au point une carte des cibles potentielles d’attentats dans les principales villes d’Europe (Hôtels des transmissions, 2003).

Après avoir pris connaissance de ces informations, libre à chacun de les utiliser, et de la manière de les utiliser, sachant qu’elles peuvent aussi tomber entre les mains d’une personne mal intentionnée… Si tel est le cas, celle-ci pourra ensuite s’enfuir avec le Contre-Projet Panopticon, 2001, vélo qui permet de se déplacer sans être repéré depuis un avion, un hélicoptère, un satellite. Surmonté d’une voile rigide constituée de panneaux réfléchissants, un jeu de miroirs renvoi au ciel une image… du sol, rendant par la même occasion l’utilisateur du vélo invisible. La vérification de l’efficacité de cet objet demande de réunir un certain nombre de paramètres : être autorisé à monter sur le vélo, avoir la possibilité de le surplomber, et être au moins deux.

Il s’avère que le système mis en place par l’artiste fonctionne, ce qui ajoute à cette sculpture le statut de prototype d’invention, et donne une fois de plus au travail de Renaud Auguste-Dormeuil un rôle de bonne idée à utiliser, voire à copier.