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Elisabeth BALLET

Les informations les plus courantes situent en effet ses premières œuvres en 1988, date de son exposition à la Biennale de Venise intitulée Des idées que l’esprit ajoute à celles qui sont précisément signifiées par les mots.

En 1984 et 1985, elle réside à la Villa Médicis à Rome et conçoit un ensemble de sculptures auquel appartiennent ces deux œuvres. Leur caractère le plus étonnant est leur qualité de non-sculpture, ou de sculpture par défaut. Elles sont en effet réalisées en carton, matériau éphémère par excellence, en contradiction apparente avec la représentation d’un temple et d’un obélisque qui, construits en pierre ou en marbre, prétendent à l’éternité. Le caractère utilitaire du carton n’est pas évacué car les monuments semblent mis en caisse. Elisabeth Ballet explique ce choix : « Puisque je travaille toujours sur des plans, les matériaux que j’utilise sont ceux que l’on peut plier, faire passer du plan au volume. Avec le carton, j’aimais l’idée d’une déconstruction possible de la sculpture, on pouvait toujours les replier et annuler la notion d’encombrement qui colle à la sculpture».

Elle fait ainsi se rejoindre les deux pôles de la dialectique de la sculpture, l’architecture d’une part, le modèle épistémologique d’autre part. Les deux œuvres donnent en effet à voir leur construction par montage de modules géométriques. L’artiste insiste sur ce passage entre le plan et le volume en laissant apparents tous les principes d’assemblage des feuilles de carton, les languettes d’attache et autres emboîtements. Les volumes sont manifestement vides, dessinés par certaines faces ou par leurs arêtes. Nombre des caractéristiques de la pratique ultérieure d’Elisabeth Ballet semblent déjà présentes dans ces sculptures (déplacement du plan au volume, du plat à l’épais, du plein au vide, de l’idée à sa matérialisation) : elles seront véritablement formulées avec le groupe de sculptures Face-à-main en 1990.

La pensée abstraite géométrique, propre à cette démarche conceptuelle, et son déplacement dans un objet en trois dimensions, se confondent ici avec l’évocation des monuments. Il n’est qu’à regarder les titres : Obélisque 4+14, 1985, Temple 5/19 février 1985, 1985 (dont le titre mentionné dans le catalogue de la Villa Médicis est 27 Caisses 5/19 février 1985). Le nombre d’éléments nécessaires à la construction, le temps de son élaboration et le fait de nommer l’objet obtenu sont énoncés sur le même plan.

Ces titres affirment ainsi les déplacements qui s’opèrent entre espace symbolique et espace réel, entre objet fonctionnel et objet esthétique. Elisabeth Ballet rejoue avec une très grande acuité nombre des enjeux de la pratique de la sculpture, dont celui de sa spécificité : celle des matériaux, qui doivent pour l’artiste servir l’idée le plus discrètement ; celle du lieu, de l’espace que l’œuvre détermine, et qu’Elisabeth Ballet révèle dans des œuvres qui sont comme des marques de passage, entre dedans et dehors ; temporalité spécifique de l’œuvre qui apparaît dans son autonomie, telle qu’elle se révèle dans l’exposition. Pour toute limite à la tentative d’énonciation de tels enjeux, l’artiste souligne : « Il y a des moments de compréhension dont on peut parler et d’autres dont seule la vision du travail peut donner l’expérience et ces deux modes ne sont pas équivalents.