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Bernard Bazile

Bernard BAZILE

Les Brillances de Bernard Bazile datent de la première partie de sa carrière, juste avant l’association avec le photographe Jean-Marc Bustamante qui les rendit célèbres sur les cimaises internationales de la première moitié des années quatre-vingt. En pleine période de retour à la période figurative expressionniste aux accents nationalistes, le duo Bazile Bustamante se fit remarquer par ses propositions dépersonnalisées, assemblages d’objets et d’images aux styles hétéroclites, aux mélanges de matières et d’images industrielles parfaitement maîtrisés (silhouette, pictogramme) interrogeant en permanence la question du goût et celle de l’autorité.

Brillance (le coin du billard), 1980, documente une action de “nettoyage” effectuée par l’artiste dans une salle de jeux. Tout comme son autre intervention de la même époque dans la station de métro Glacière, l’artiste a remis à neuf, en nettoyant et en repeignant, l’équivalent d’un cadrage, au sens du choix du point de vue (pictural et photographique). Geste à peine visible, qui disparaîtra peu à peu, ce “degré zéro de la peinture” (en bâtiment) renvoie au travail conceptuel d’un Michael Asher exposant les bureaux de la galerie Copley dans les espaces habituellement réservés à la présentation des œuvres en 1974, voire à la célèbre exposition Le Vide d’Yves Klein, à la galerie Iris Clert en 1958, ou aux nettoyages de chefs-d’œuvre de la peinture par Robert Filliou. Plus récemment Pierre Huyghe a lui aussi nettoyé la terrasse de la Fondation De Appel à Amsterdam comme participation à l’exposition Shift en 1995.

La photographie au format moyen est présentée dans un environnement repeint, mur et sol, pour proposer une approche de l’échelle à laquelle fut réalisée l’action. Ce cadrage subtil, lumineux, vient prolonger la photographie, lui donner une aura, et donc reposer la question de l’œuvre d’art à l’ère de sa reproduction mécanique. Cependant, aucune tromperie ; il ne s’agit en aucun cas pour Bernard Bazile de s’imposer. La présence discrète du document photographique est mise en abyme par ce vaste cadre brillant, mais sans ostentation, juste par un simple coup de vernis ou de peinture satinée. Il s’agit de désigner le lieu de l’œuvre comme celui d’une mise en lumière. Les recherches récentes de l’artiste l’ont amené à beaucoup s’intéresser à l’œuvre de Piero Manzoni, (auteur sulfureux de la fameuse merde d’artiste en boîte, 1961) mais aussi aux vêtements liturgiques, aux signes urbains, aux images médiatiques, à l’éducation des enfants, entre autres choses.

Toujours à la lisière de l’espace public et publicitaire, et de ses interférences avec la sphère individuelle, le travail de Bernard Bazile s’affirme de manière souvent subliminale, discret et jusqu’à la rareté de ses apparitions, mais cependant comme l’un des plus lucides de sa génération.