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Christian Bonnefoi

Christian BONNEFOI

Héritière des minimalismes des années 1970, l’œuvre de Christian Bonnefoi se définit comme anti-figuratif, anti-fictionnel, anti-subjectif, construit en effet sur un propos radical de désarticulation et de réarticulation des constituants de la peinture : surface, plan, cadre, geste, couleur, dessin.

«Le tableau n’a de valeur que si tout a été mis en oeuvre pour sa perte» postule Bonnefoi. Il s’agit pour lui de reformuler la «question du tableau», c'est-à-dire la création d’une surface qui permet au tableau de se constituer. C’est à la possibilité de «l’apparition du visible» que toute sa stratégie s’applique, et à l’interrogation de cette «énigme» qu’elle s’attache, en multipliant les modes d’approche.

La trajectoire de l’oeuvre s’est construite autour de l’axe central des Babel, dans un va-et-vient constant entre travaux de papiers de soie et ceux de tarlatane, tous fondés sur une pratique commune : le collage, qui autorise, en détruisant l’unité de la surface, toutes les manipulations. Tarlatane et papiers de soie -tous deux transparents, souples, poreux- permettent, par passage de la colle, toute une suite d’imprégnations et de superpositions de la matière de peinture acrylique ou du tracé de crayon graphite ou pastel, qui s’effectuent «à l’aveugle», au recto ou au verso ou les deux à la fois.

Tous ces procédés et ces matériaux finissent par se juxtaposer, s’entrelacer et se complexifier jusqu’à ce que soit obtenu un «feuilletage» inextricable de la surface, qui se constitue en «tableau». L’oeuvre est ainsi formée autant par ce qu’elle cache que par ce qu’elle révèle.

L’enjeu pictural de Christian Bonnefoi, qui a suscité très tôt l’intérêt des historiens d’art comme Yve-Alain Bois et Georges Didi-Huberman, avant de mobiliser aujourd’hui celui des analystes des images Jean Louis Schefer ou Philippe-Alain Michaud, se révèle paradoxal.

Quoique conceptuelle, et fondée sur une «méthode» -le mode d’exécution commande le caractère aléatoire du résultat final-, sa peinture offre une grande force plastique. Qu’elle relève, telle une «peau», du diaphane, de l’infime jusqu’au minimal, ou qu’elle soit saturée, excessive, gestuelle, presque baroque, elle impose la tactilité de ses matériaux et l’énergie de ses effets de tension. Contractions et expansions animent les surfaces chaotiques de ses tableaux, commandent les formes serpentines qui se croisent et se juxtaposent.

Dans la série plus récente des Ludo, à partir de 2000, les collages de papiers de soie peints échappent au cadre quadrangulaire habituel pour se répandre librement sur les murs : le tableau existe sans son cadre. Non dogmatique, l’expérimentation reste pour le peintre Christian Bonnefoi un jeu ouvert, un champ d’investigation toujours remis en question.