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Pedro CABRITA REIS
- Date de naissance : 1956
- Lieu : Lisbonne, Portugal
Pedro Cabrita Reis utilise tant les moyens de la sculpture, de l’installation que de la peinture pour faire voir, de façon suggestive, associative et en quelque sorte abstraite, une vision du monde et de la vie qui tend vers l’essence des choses, qui est nourrie par une attitude existentielle face à l’activité humaine, à sa raison d’être, à l’être. Souvent l’artiste a recours à des éléments qui renvoient à l’architecture, et ce tant par les formes que par les matériaux utilisés. Ce faisant il évoque une activité élémentaire de l’homme, qui tout en construisant, en édifiant, tente non seulement d’affirmer sa présence dans le monde, car il se construit et s’édifie ainsi également lui-même, mais répond aussi à un besoin élémentaire de se protéger, de s’isoler ou au contraire, de se regrouper.
Ainsi, le recours à la forme de la citerne et du puits à eau, qui apparaît dans l’œuvre vers 1990, rappelle la fonction première de ceux-ci qui est d’alimenter l’homme en eau. En même temps elle renvoie de façon symbolique à l’eau elle-même, qui est un élément essentiel de tout processus de vie. Mais cette forme évoque également ce lieu de rencontre, de partage et de communication qu’est (ou que fut) le puits (ou le point d’eau) dans la plupart des communautés, et ce à travers l’espace et le temps. Dans le courant des années 1990, la lumière, autre élément vital, apparaît dans l’œuvre, en général sous la forme de tubes néon blancs allumés. Elle s’affirme de plus en plus comme une composante essentielle de celle-ci.
Néon et portes font partie des composantes de l’œuvre Favorite Places # 1 de 2004. Il s’agit d’une construction verticale à échelle humaine, sorte de portique à base carrée qui est constitué de poutres en aluminium, auxquelles s’accrochent comme tout naturellement une porte en bois usagée, deux morceaux de portes, un carreau de verre et quelques lattes de bois. L’ensemble, de couleur neutre, est en partie recouvert par une plaque de marbre gris, sous laquelle brûle un tube néon blanc. Celui-ci est alimenté par un câble électrique, qui relie la sculpture à l’espace dans lequel elle est présentée, en devenant en quelque sorte le cordon ombilical qui relie l’œuvre au monde. Le tube néon éclaire tant l’intérieur de la construction que l’espace ambiant et permet à la sculpture d’exister et d’affirmer sa présence. Favorite Places # 1 est à la fois ouverte, par la façon dont elle est assemblée et par l’usage de portes et fenêtre, et renfermée sur elle-même. Elle n’incite pas nécessairement le spectateur à y pénétrer physiquement. Mais en reconnaissant les possibilités traditionnelles d’accès à un espace architectural – porte et fenêtre – celui-ci peut également se projeter mentalement dans l’espace donné afin d’y trouver refuge.
C’est une sculpture qui semble avoir atteint un état de grâce, résidant dans un entre-deux incertain entre ce qui serait une ouverture, un passage, voir même une faille, et un abri, une niche, voir même un écrin précieux. Elle pourrait être considérée comme un endroit propice à la solitude et au recueillement. Mais en même temps, elle est ouverte au monde et connectée à lui. Elle lui emprunte sa substance et se nourrit de sa lumière, pour constituer, de façon à la fois précaire et forte, un lieu de présence, de silence et d’existence.
Source & Lien : FRAC Bourgogne