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Nicolas Chardon

Nicolas CHARDON

Nicolas Chardon ne revendique ni ne craint l’histoire de la peinture. Il en joue et la déjoue. Et cela donne des sortes de leurres qui sont pourtant, au moins pour cette part de son travail, de vrais tableaux. Des tableaux qui s’adaptent. Des tableaux darwiniens en quelque sorte.

Car les tableaux de Nicolas Chardon s’adaptent au temps et au lieu. Ils procèdent pour la plupart d’une méthode qu’il s’est donnée il y a quelques années et qui consiste à peindre des figures géométriques en suivant une grille fournie par les motifs du tissu dont il se sert comme support, par exemple la toile Vichy. Quand on tend cette toile ready-made sur le châssis, elle se déforme, et, ce faisant, se déleste de tout l’héroïsme et de toute l’autorité de la grille historique et (forcément) abstraite. En revanche, elle gagne en vérité : c’est un fait. Une fois la toile apprêtée en blanc, et dont on distingue encore les marques de la grille, Chardon s’appuie sur ces repères pour peindre ses motifs, le plus souvent en noir, mais aussi parfois en rouge ou en jaune. Ces motifs peuvent également prendre la forme de mots (par exemple « Peinture abstraite »).

Difficile de parler de motifs géométriques tant les contours sont flottants (il préfère dire « souples » plutôt que « mous »). Libéré du souci de la virtuosité et du savoir-faire comme de la hantise de la création ex nihilo, l’artiste produit des tableaux à la fois primesautiers et nonchalants, des peintures dans leur plus simple appareil. Rien n’est caché, tout s’expose ; et si tel carré noir sur fond blanc peut faire songer aux grandeurs passées, la tranche qui montre les petits carreaux rouges ou jaunes alternés de blancs nous ramène très vite à la logique démocratique de la cuisine.

Car si Nicolas Chardon assume les codes du modernisme et use avec bonheur de l’efficacité des contraintes, il sait aussi que la peinture, aujourd’hui, c’est un matériau autant qu’un médium, des signes plus encore que des formes et que ce qui compte, finalement, c’est leur utilisation dans l’espace réel. Du coup, c’est moins le tableau que l’usage qu’on en fait qui articule ce projet à sa véritable ampleur.

C’est un ensemble de signes que l’espace révèle autant qu’il s’en trouve révélé. La Cible noire, 2005, acquise par le Frac Bourgogne, outre qu’elle répond aux caractéristiques que nous venons de décrire, se distingue aussi par l’effet optique qu’elle produit et qui est dû à la succession des carrés concentriques dont elle est composée. Mais, à l’opposé des cibles de toutes sortes que la peinture moderne a produites (Stella, Johns, Morellet, etc.), celle-ci se développe non pas dans la tension, mais, par l’effet paradoxal d’une tension préexistante, dans l’oscillation tranquille entre mouvement centripète et poussée centrifuge.