> Accueil > Artistes > Henri Cueco

Henri Cueco

Henri CUECO

Le rapport de l’homme à la nature et le rôle social et politique de l’artiste engagé constituent les thèmes majeurs de la peinture d’Henri Cueco. Il grandit dans une région pauvre et rurale, le Limousin, et étudie la peinture avec son père. En 1947, il s’installe à Paris où il dessine beaucoup, principalement des paysages et des natures mortes, et suit des cours à la Grande Chaumière. Il fréquente des peintres comme Rebeyrolle qui défendent, en pleine mode de l’abstraction, la tradition de la figuration.

Henri Cueco participe activement au Salon de la Jeune Peinture où il expose de 1952 à 1972. Il est d’abord membre du jury (1960), puis président (1962) et enfin lauréat (1963). Il réalise durant cette période des natures mortes, des portraits et des paysages. Il s’inspire des moyens et techniques de la gravure pour réaliser ses dessins et sérigraphies : figures découpées, aplats de couleurs dont la gamme est réduite à la quadrichromie de l’offset, pointillés et rayures de letraset.

Ces années sont aussi marquées par une importante activité politique. Membre du Parti Communiste de 1954 à 1976, il participe à «Peuple et Culture» où il rencontre Pierre Gaudibert, futur directeur du musée d’art moderne de la Ville de Paris. En mai 1968, il participe à «l’Atelier Populaire» de l’école des Beaux-Arts. Il s’investit dans les débats idéologiques du Salon de la Jeune Peinture, où il expose en 1969 dans la «salle rouge pour le Vietnam».

La même année, Cueco créé la coopérative des Malassis avec Fleury, Latil, Parré, Tisserand. Ils réalisent collectivement jusqu’en 1979 de grandes oeuvres autour d’évènements polémiques. Ils exposent notamment Qui tue ?, une cinquantaine de peintures autour de l’affaire Gabrielle Russier à l’ARC en 1970 ; Le Grand Méchoui ou douze ans d’Histoire (1972), destiné à l’exposition 72/72 : Douze ans d’art contemporain en France (1960 – 1972) mais décroché le jour du vernissage en signe de protestation contre la présence policière au Grand Palais ; la peinture murale à Grenoble Sept variations sur le thème du «Radeau de la Méduse».

La série Les Hommes rouges présentée à l’ARC en 1970 l’occupe dix ans, de 1965 à 1975. Elle met en scène des silhouettes dépersonnalisées perdues dans des architectures angoissantes et démesurées. Cueco mène alors une réflexion sur la sérialité et la trame, qui occupe le fond de la toile et finit par en devenir le sujet principal, que ce soit celle constituée par les bâtiments, les claustras, ou les champs d’herbe. Les animaux occupent une place de plus en plus importante dans ses toiles à partir de 1968. Il montre en 1972 à la Galerie 3 Laplace Les Chiens, paysages noirs parcourus par des troupeaux errants, inversant le thème du rapport de l’homme à la nature (l’animal dans la ville). Ce sont Les Grilles, Les Claustras derrière lesquels se dissimulent les meutes ou encore L’Inachèvement, trois séries présentées à la maison de la culture de Bourges en 1975.

1976 est une année de rupture. Il se retire dans son jardin en Corrèze, dessine à nouveau d’après le motif, en particulier l’herbe qu’il voit devant son atelier (série Herbes/Paysages, 1977-1987). Son travail prend un nouvel essor au début des années 80. Il réalise de nombreuses fresques à la suite de commandes publiques (les Halles, Paris, 1979 ; théâtre municipal de Limoges en 1982 ; les quais de la Gare d’Orsay à Paris en 1987 ; la salle de réunion «Albert Londres» au ministère de la Culture, 1990). Ce travail de grand format se développe aussi au théâtre, avec la réalisation des décors d’une vingtaine de pièces.

Il voyage au Japon en 1984 et en Chine en 1986. Il aborde l’Afrique, d’abord à travers des photos qui l’émeuvent (série Hommes d’Afrique 1987-1988), avant de se rendre sur place (Sols d’Afrique, 1989-1992). En 1996, passionné par les conditions de l’avènement de l’image, il mène une relecture des chefs-d’oeuvre de Philippe de Champaigne et de Poussin. Durant les années 2000, il entreprend une série d’autoportraits. Il consigne ses réflexions sur l’art dans plusieurs ouvrages : L’Arène de l’art , rédigé en collaboration avec Pierre Gaudibert (1988) est une critique d’un minimalisme et d’un art conceptuel devenus académiques ; son Journal d’une pomme de terre réunit ses réflexions d’atelier.

Collectionneur dans l’âme, il dresse des inventaires dans Le Collectionneur de collections (1995). Il intervient régulièrement avec verve et humour à la radio, dans les émissions de France Culture Les Décraqués (à partir de 1984) et Les Papous dans la tête (à partir de 1981). Il est l’auteur de romans comme Dialogue avec mon jardinier (2000).