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Jonas Dahlberg

Jonas DAHLBERG

One Way Street, 2002, est la mise en scène d’un réel voulu et pensé par Jonas Dahlberg qui met ainsi en crise notre relation à un espace dont il maîtrise toute approche. Plus le spectateur tente de s’approprier et de dompter l’espace qu’il visite, plus flous deviennent ses repères. Ce projet fait écho à Untitled (Horizontal Sliding), 2000, et Untitled (Vertical Sliding), 2001, dans l’esprit de Shining de Stanley Kubrick, qui explorent dans un mouvement névrotique de l’image analogue, les étages déserts d’un hôtel. Et au spectateur de continuer tel Sisyphe, d’arpenter ces espaces sans issues.

Cette exploration d’une urbanité modulaire et fictionnelle trouve un prolongement manifeste dans le projet Invisible Cities. Ici, les noms de 14 000 villes du monde entier s’égrainent par ordre alphabétique sur les lés d’un papier peint vert. Il ne s’agit pas de gigantesques mégapoles comme Shanghai, São Paolo ou Taipei, icônes du développement urbain exponentiel que connaît notre monde à l’heure de la mondialisation, mais d’agglomérations peu connues, sans autre qualité que celle de réunir de 10 à 100 000 âmes en un point sur le globe, sans autre identité qu’un nom sur une liste. Campee, Evere, Dedham ou Châteauroux comptent parmi ces centres urbains dits «invisibles», dont les patronymes n’évoqueront sans doute rien ou si peu à qui n’y réside pas.

Dans les années 1970 outre-atlantique, le géographe américain John Brinckerhoff Jackson qualifiait d’ « anywhere USA » ces petites bourgades au tissu architectural uniformisé d’un bout à l’autre du pays dont l’anonymat standardisé a pourtant su passionner les artistes de la post-modernité de Dan Graham à Lewis Baltz ou même Tim Burton. All the Invisible Cities in the World, 2004-2005, mondialise ce propos en produisant un objectif recensement mural de ces cités statistiquement intermédiaires, entre métropole et campagne, qui jalonnent nos atlas sans retenir notre attention. Il ne faut pas forcément voir dans l’initiative de Jonas Dahlberg un engagement politique, social ou même symbolique fort (rien ne permet en effet d’affirmer que l’artiste ait voulu les rendre visibles, leur offrir un visage) mais plutôt la volonté de s’immiscer plastiquement dans une logique statisticienne, d’illustrer ce que les chiffres démontrent, de représenter en une juste image la réalité protéiforme que ces milliers de localités constituent.

Ainsi, le diaporama Invisible Cities : Location Studies, 2004-2005, scrute les rues désertes d’un centre urbain évident comme il en existe partout et nulle part à la fois. Scrupuleusement, l’artiste répond à la rigueur systémique de la classification en faisant disparaître tout ce qui aurait pu en permettre la localisation, des inscriptions murales aux panneaux de signalisation, des caractéristiques architecturales aux plaques minéralogiques. Défile alors sous nos yeux une ville neutre, schématique, étrangement familière et pourtant non identifiable, une ville statistiquement définie.

La vidéo Invisible Cities, 2004, troisième volet de ce projet, visite quant à elle ce territoire par les airs. La caméra, tel un oiseau, plane et tourbillonne au-dessus des rues sans jamais s’y poser. Elle survole cette «Flying over city» générique comme on survolerait un livre, sans la découvrir ni chercher à la comprendre mais simplement en avoir une vue zénithale.

Jonas Dahlberg s’approprie le rigorisme déterministe des données scientifiques pour mettre en exergue ce que notre société a certainement produit de pire, une image globale et synthétique du monde jusqu’à occulter totalement les spécificités locales qui en font pourtant sa richesse.