L'idylle foudroyante que vivent Gala et Dali n’est pas
du goût du père du jeune peintre. Dali refusant le
moindre compromis est expulsé par son père de la
demeure familiale. Presque sans un sou le couple Gala-Dali se
réfugie dans une petite maison de pêcheur de Port
Lligat.
Les grandes douleurs engendrent les chefs d'oeuvres. Stimulé
et soutenu à chaque instant par sa maîtresse-femme,
Dali se met à peindre ses obsessions les plus profondes.
Le thème du désir est prédominant dans les
oeuvres de cette période. Avec la rencontre de Gala, Dali
va découvrir et domestiquer un univers érotique
stimulant et constructeur qui jusqu'alors le terrorisait.
Motivé sur tous les plans, Salvador Dali à force
d'introspections et d'analyses va transformer ses psychoses qui
le rongent en une méthode de création surréaliste
révolutionnaire : la méthode Paranoïa-critique.
Les années trente amorcent un tournant majeur dans l 'oeuvre
de S.Dali. Le couple Gala-Dali se structure, construisant un environnement
propice au développement artistique du jeune peintre. Progressivement,
sous l'oeil vigilant de Gala, Dali va s'affirmer au sein du groupe
surréaliste, pour finalement en devenir l'acteur le plus
brillant. En effet, Dali s'impose sur la scène médiatique,
volant la vedette aux autres artistes à chacune de ses
apparitions. Surmontant sa timidité, il se compose un personnage
médiatique hors norme, toujours à la pointe de la
provocation. Il lance des mots d'ordre artistiques à contre-courant
de la mode. Par exemple, au début des années 30
: fini l'art nègre prôné par Picasso et certains
surréalistes, vive les « objets décadents
européens du Modern Style ».
Dali se met à confectionner des objets surréalistes
avec du pain, se mettant à dos les plus révolutionnaires
(pro-communistes) des surréalites qui voient dans ce geste
un acte de défiance envers la pauvreté ouvrière.
Son activité artistique devient très intense avec
les années. En 1932, Dali envoie des toiles en Amérique
pour la première exposition surréaliste à
New York. Il publie des poèmes, des scénarios de
films tels « L'Age d'or », dont la première
projection engendra la destruction de la salle de cinéma
par les lignes d'extrême droite), et Babaouo, jamais tourné.
Il réalise des projets de décors de ballets. Il
fait paraître un article intitulé « De la beauté
terrifiante et comestible de l'architecture Modern Style »
et relance ainsi l'intérêt pour l'esthétique
de 1900.
En 1932, son attention se porte sur l'étude d'une oeuvre
de Jean François Millet, «L'angélus».
Déjà présente dans la demeure familiale durant
toute sa jeunesse, cette toile vue sous l'angle paranoïa-critique
lui évoque des sentiments obsessionnels troublants, un
mélange d'érotisme et de mort. Il étudiera
et reproduira plusieurs fois ce tableau, allant jusqu'à
l'introduire dans sa propre iconographie. Un autre thème
majeur s'impose et persistera jusqu'à la fin de sa carrière,
c'est l'imagerie de Gala.
1934, premières divergences avec les surréalistes
et André Breton à propos de son tableau «
L' énigme de Guillaume Tell», puis à propos
de ses positions ambigües sur Hitler ainsi que sur ses tendances
monarchistes. Dali est exclu des groupes de travail.
En 1935, dans un essai intitulé « La conquète
de l'irrationnel, il définit son «activité
Paranoïa-critique» et s'attaque à l'Art abstrait.
L’année suivante, il fait sa première exposition
exclusive de ses tableaux à Londres, ainsi que la couverture
du Times.
Dali écrit un scénario en 1937 pour les Marx Brothers
et se lie d'amitié avec Harpo. En 1938, avec l'exposition
internationale du surréalisme de Paris, le mouvement surréaliste
est à son apogée, et bien que partiellement exclu
du groupe, Dali y est présent comme «conseiller spécial
». En juillet Dali réalise un vieux rêve :
rencontrer Sigmund Freud, le pape de la psychanalyse.
En 1939, Dali prépare sa prochaine exposition à
New York car il sait que son avenir financier dépend de
sa percée médiatique outre-atlantique. En parallèle,
il développe des projets de robes et de chapeaux pour son
amie Elsa Schiaparelli (encriers, chapeaux souliers, robes tiroirs).
Il réalise les décors pour les ballets de Monté-Carlo
(Coco Chanel réalise les costumes).
En Amérique, Dali devient très en vogue. Cependant
face à des entraves puritaines, Dali publie le manifeste
«Déclaration d'indépendance de l'imagination
des droits de l'homme à sa propre folie».
«Quand, dans l'histoire de la culture humaine, un peuple
éprouve la nécessité de détruire les
liens intellectuels qui l'unissaient aux systèmes logiques
du passé afin de créer pour son propre usage une
mythologie originale, mythologie qui, correspondant parfaitement
à l'essence et à la pression totale de sa réalité
biologique, est reconnue par les esprits d'élite des autres
peuples, alors l'opinion publique de la société
pragmatique exige par égard pour elle que soient exposés
les motifs de la rupture avec les formules traditionnelles éculées
».