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Simone Decker

Simone DECKER

Durant plusieurs semaines de l’été 1996, Simone Decker s’est enfermée dans une des salles de la galerie Beaumont, à Luxembourg, avec un compresseur et plusieurs seaux de latex couleur fuchsia. Couche par couche, elle recouvrit cette même salle de sa peinture gluante, pour, après séchage, la dépouiller dans le sens propre du terme. La matière organique avait alors mémorisé l’espace, les rebords et les vides, les poignées de porte et les impuretés de la surface du mur. Cette peau, cette mémoire du lieu, elle la remontait dans une autre salle, plus grande, de la galerie.

L’œuvre devenait «Sous-locataire» (Untermieter en allemand), tout comme elle, Simone Decker, avait été en quelque sorte la sous-locataire de la galerie. Sous-locataire, 1996, est aussi un commentaire sur l’espace de la galerie et sur le rapport commercial qu’elle réalise entre l’artiste et le spectateur : les acheteurs pouvaient ainsi véritablement emporter l’espace de la galerie – et, partant, son aura – chez eux, un espace malléable et pliable, mais aux dimensions exactes de son original. L’appropriation de l’espace d’art et de l’espace public par l’artiste, le rapport de l’œuvre au spectateur, la valeur de l’image et le rapport homme/architecture sont des questionnements qui reviennent fréquemment dans le travail de Simone Decker.

Ainsi, «Sous-locataire» est une œuvre charnière dans son parcours, puisqu’elle aborde tous ces thèmes : non seulement l’espace d’art y devient-il matrice de son œuvre, mais en plus, elle invite le spectateur à pénétrer dans ce nouvel espace écorché vif, à ressentir les réminiscences d’une enfance aux bonbons acidulés goût framboise, à se poser des questions sur les empreintes d’une image, sur la permanence de l’architecture.

Si «Sous-locataire» parle de l’architecture comme peau, comme espace à s’approprier, «Air Bag», 1998, scrute de plus près encore son espace vital à elle. Il s’agit d’une vidéo produite pour son exposition personnelle en 1998 au Casino Luxembourg. Le gros plan de la tête de l’artiste enfermée dans un sac en plastique translucide, inspirant et expirant au maximum dans un rythme régulier, jusqu’à en devenir douloureux à regarder, pose les mêmes questions sur son espace de vie, l’espace et la vie. L’image est projetée sur un mur entier et sans aucun son, son visage devenant méconnaissable, prenant tantôt, comme sous vide, des airs du Cri d’Edouard Munch de 1893, tantôt les rondeurs d’une tête d’astronaute dans son casque ou d’une poupée gonflable.

L’élément grotesque, l’ironie qu’elle emploie toujours dans ses travaux semblent vouloir répondre avec légèreté au sérieux des thèmes abordés. Ainsi, la couleur fuchsia des cheveux et des lèvres fonctionne comme un clin d’œil et établit le lien de ce travail avec, justement, le «Sous-locataire» ; le plastique translucide quant à lui rappelant le «Jagdschlössche» (Pavillon de chasse), 1999, installé dans une autre salle de cette exposition, un cube en plastique transparent mais collant à double face, une sorte de «piège à visiteurs».