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Koeraad Dedobbeleer

Koenraad DEDOBBELEER

Erehwon, 2000, n’est apparemment qu’un bouquet de quatre lampadaires en métal galvanisé. Pourtant, en regardant plus attentivement, les luminaires paraissent plus chétifs que les formes élancées qui ponctuent les réseaux routiers ; les néons fébriles et tremblotants ne diffusent en rien la lumière traditionnellement crue de nos villes.

Anagramme de l’anglais nowhere (nulle part), son titre synthétise à lui seul la démarche de l’artiste : ce qui pourrait être observé à la fois nulle part et partout, est transformé pour obtenir l’unicité propre aux œuvres d’art. Koenraad Dedobbeleer est un «encodeur» de réel. Il s’attache à extraire différents éléments d’un contexte urbain, pour ensuite les projeter dans l’espace autarcique de l’exposition. Loin de se contenter de produire des ready-mades, il réinterprète, filtre, détourne ces éléments manipulés pour mieux les questionner. Comme si les objets fonctionnels de cette réalité extérieure nécessitaient un «encodage artistique» pour intégrer un lieu d’art, l’artiste les modifie en fonction de ce nouvel environnement.

À la projection brutale et simpliste d’objets fonctionnels dans un univers qui refuse leur usage, il préfère l’adaptation, la copie non-conforme. Comme Erehwon, chacune de ses œuvres, critiques acerbes de la dichotomie entretenue entre un monde de l’art nombriliste et un extérieur aux complexes d’infériorité faciles, ne sera donc que le reflet d’une réalité fonctionnelle, grossière reproduction du monde sensible. En 1999 à Bruxelles, par exemple, il investit l’espace de Etablissement d’en face pour y installer une architecture invasive en béton censée soutenir l’édifice. Mais les étais de cette structure aussi factice qu’inefficiente, réalisés en bois enduit de simili-béton, n’atteignent même pas la charpente du centre d’art.

En 2000, l’artiste installe une barrière de chantier – objet traditionnellement composé de matière plastique pour faire face aux intempéries – pour protéger un coin de mur de sa galerie bruxelloise. Outre le fait que l’espace isolé par la-dite protection ne présente a priori aucun enjeu susceptible de justifier une telle attention, la barrière est faite de papier kraft et par conséquent, peu encline à protéger quoi que ce soit.

Dans le sillage d’une génération d’artistes européens apparue dans les années 1990, Koenraad Dedobbeleer n’a de cesse de singer, dédoubler, redoubler une réalité dont il est désormais de mise de douter. Quelque part entre les illusions visuelles des maquettes hyper-réalistes de Thomas Demand et les décalages fonctionnels des simili mobiliers urbains de Veit Stratman, Erehwon interroge notre relation à l’objet par le leurre.