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Jean DEGOTTEX

Trop longtemps associé par la critique à l’abstraction gestuelle des années 50, Jean Degottex s’était d’abord orienté vers le signe et le vide. En 1967, les ETC dont les premiers exemplaires datent de 1964 poussaient la réflexion sur la peinture jusqu’à l’épuisement du signe. «C’est la déperdition du coup de pinceau qui révèle la toile.»

En 1970, l’ARC Musée d’art moderne de la Ville de Paris lui consacrait une grande exposition. Les œuvres qu’il présenta étaient révélatrices d’une recherche de l’extension de l’activité picturale et du sens de la peinture. L’idée d’effacement du moi inspiré de la pensée orientale s’alliait à une visée sociale de la peinture que Jean Degottex crut trouver en collaborant alors, pour une courte durée, à un groupe d’architectes et d’ingénieurs.

Mis à part les Spacifiques, disques en perspex qu’il avait suspendus aux structures de coupoles construites par l’architecte Jean Daladier, et un important travail au sol, aujourd’hui détruit – douze éléments de béton formant un sol ondulé, installé sur le parvis du musée et sur lequel les enfants pouvaient faire du patin à roulettes – les œuvres qui subsistent, enduites de peinture vinylique blanc mat, sont faites de toile métis tendue sur de profonds châssis (10 cm environ), qui donne à chaque tableau la présence d’un volume.

Ce sont principalement deux Horslignes Concave Convexe (dont un seul a été conservé), pièces posées au sol, qui amorcent la problématique du tableau-objet entre shape canevas et sculpture. Le terme “hors” (Hors, Horsphères, Horspaces, Horslignes) indique qu’après les ETC on sort de la toile, pour chercher à ouvrir un espace de liberté en dehors du tableau.

Au-delà des apparences que revêtent ses grands volumes blancs, Jean Degottex se démarque explicitement du Minimalisme : « Le Minimal Art me paraît un fait d’évidence brute et une réaction à l’oppression de la quantité... Dans mon cas, c’est un long processus de décantation qui part de l’expression du geste, contre l’artifice élaboré de la peinture, pour aboutir à la suggestion concrète d’un espace... Je suis acquis depuis longtemps au minimum. Le geste, le signe étaient déjà minimums. En tout cas, mon minimum est plus vide que l’élémentaire. ». Le vide justifie l’ampleur de la surface blanche du tableau. À une énumération de son œuvre qui se conclut par «c’est tout», il réplique : «Effectivement c’est tout ; d’ailleurs c’est toujours trop».

Le tableau (l’artiste préfère alors le terme «élément plastique») n’est plus là pour fixer le regard du spectateur, pour l’absorber dans un espace fictif (la porte s’oppose à la fenêtre), mais pour l’inclure physiquement, dans son déplacement, pour l’impliquer dans un espace pictural le plus ouvert possible : « entrouvrir un espace méditatif qui est la suprême liberté ».

La peinture vinylique blanche convient à la neutralité maximum : elle évite la touche de l’artiste. Elle est absorbante et non réfléchissante : elle facilite la fusion de l’élément plastique dans l’espace. Dans les premiers tableaux, le geste signifiait l’espace. Avec sa disparition, seul subsiste le fond. Il n’y a plus présence du peintre mais un phénomène du tableau, fonctionnant sur un mode sériel au sein d’une continuité architecturale. Il ne s’agit pas pour autant d’un renoncement au sensible ; il dit à Pierre Léonard : «Quant à l’utilisation que je peux faire des matériaux nouveaux, je pense qu’elle est significative, ils peuvent être le véhicule vivant et sensibilisé, le conducteur banalisé par excellence, pour moi, alors que je ressens la peinture à l’huile comme une matière morte».

Après cette phase extrême, Jean Degottex ne reviendra jamais au signe, son travail portera désormais sur la manipulation de la toile, le support teint, gratté, sacrifié, plié, arraché, estampé, découpé, devenant le matériau de l’œuvre.