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Luciano Fabro

Luciano FABRO

Composée pour moitié d’une surface réfléchissante et pour moitié d’une vitre transparente, Mezzo specchiato mezzo trasparente, semble renvoyer explicitement à deux des grands topoï du monde de la peinture : le miroir et la fenêtre. Qu’ils soient compris comme métaphore ou instrument de la peinture (le tableau comparé à une fenêtre ; le miroir utilisé comme l’un des moyens du peintre), l’un et l’autre appartiennent en effet à l’histoire de la peinture depuis la Renaissance. En les présentant côte à côte, dans leur littéralité, Luciano Fabro, en 1965, se propose-t-il de prendre le contre-pied de cette histoire ? À l’opacité de la surface du tableau, l’œuvre répond-elle par la transparence de la vitre ? À la nécessaire absence de l’objet à peindre qui fonde la représentation picturale, le miroir oppose-t-il la présence simultanée de l’objet et de son image ?

Si ces questions méritent d’être posées, les travaux effectués par Luciano Fabro entre 1963 et 1966 peuvent être compris différemment. De même, par exemple, que Tutto trasparente, simple plaque de verre maintenue elle aussi par un précaire pied de métal, Mezzo specchiato mezzo trasparente se signale par son peu de visibilité (au premier regard, la vitre tend à disparaître au profit du lieu lui-même), impression doublée cette fois par l’effet de rupture dans l’espace dû au miroir et à la sorte de “trou” visuel qu’il provoque. Ce double effet de discrétion et de rupture n’est pas fortuit : Luciano Fabro cherche alors, selon ses propres dires, à réaliser « la compénétration de deux espaces opposés, l’espace qui fait face au miroir, et celui qui est derrière lui ».

Dispositif conçu pour que « l’espace devant et l’espace derrière finissent par n’être qu’une seule et même chose », Mezzo specchiato mezzo trasparente est donc précisément construit (format, dimensions, disposition) pour développer ce que l’artiste appelle alors le « sens de l’espace », lequel, selon lui, se manifeste « de deux façons différentes, par les effets de transparence et par le reflet ».

En 1965, parlant de ses travaux récents, Luciano Fabro explique qu’ils « ont pour sujet l’expérience qui se tisse entre le spectateur, l’artiste et l’œuvre ». Dans le cas de Mezzo specchiato mezzo trasparente, on aura saisi que l’expérience en question est avant tout d’ordre spatial. Depuis ses débuts, l’artiste a fait sienne la définition (très ouverte) du tableau comme concetto spaziale (concept spatial) : plutôt, ou avant, que d’être une surface opaque où déposer l’image ressemblante des choses, le tableau peut être affaire d’espace. Luciano Fabro rejoint en cela une certaine voie de la modernité italienne qui, issue du Futurisme, relie Umberto Boccioni, Lucio Fontana, Francesco Lo Savio et certains artistes de l’Arte Povera, groupe auquel il fut dès l’origine associé. À l’instar de ces derniers, c’est désormais hors du tableau qu’il propose plusieurs formulations plastiques originales permettant au visiteur d’éprouver ce « sens de l’espace » qu’il définit dans les années soixante, et dont les frêles, vastes et élégants Habitats de papier, qu’il construit lors de certaines expositions pour montrer ses propres travaux, sont un exemple très convaincant.