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Helmut Federle

Helmut FEDERLE

Au milieu des années soixante-dix, Helmut Federle dessinait et peignait des montagnes ; des dessins figuratifs reviennent dans son œuvre après 1977, alors même qu’il s’est fait connaître comme un des artistes les plus engagés dans le retour de l’abstraction (au côté de John Armleder et d’Olivier Mosset, pour ce qui concerne la Suisse). Il n’a pas abandonné cette sorte de romantisme de ses débuts. Il partage avec certains tenants de la scène de la rock music (plus précisément du mouvement punk) – musique qu’il a par ailleurs pratiquée – un certain pessimisme. Son art est traversé de nostalgie distanciée, de considérations sur la mort et il avoue une « forte préoccupation d’ordre sentimental, religieux, non mathématique ». Aussi son abstraction ne saurait être appréhendée du seul point de vue formel. Il est davantage intéressé par les relations que la peinture géométrique a toujours, selon lui, « entretenues […] avec certains aspects situés à l’extérieur de l’image ». Helmut Federle a exposé en 1985 à l’Apac, à Nevers, avec Christian Lindow.

Sans titre, de 1980, date d’une période cruciale où, sous le choc de l’accueil négatif fait à son exposition de Bâle, Helmut Federle a décidé de quitter la Suisse pour s’installer à New York (1979-1983). Il se trouve dans ce qu’il qualifie lui-même de « situation de rupture » qui affecte la composition, le chromatisme d’une peinture dans laquelle toute allusion à la réalité disparaît. Il va jusqu’à parler des « couleurs du suicide ».

Les toiles réalisées à partir de 1977 et présentées à Bâle en 1979, se caractérisaient déjà par le rejet, sur les bords, de rectangles de format moyen aux tons gris différents. Xavier Douroux et Franck Gautherot y voient un « envahissement du champ [pictural] à partir des limites extérieures ». Dans plusieurs de ces toiles, l’artiste utilisait déjà une bipartition, issue de dessins dans lesquels il jouait de l’effet de double page. La peinture est ici exécutée sur deux panneaux d’aluminium marouflé qui ne sont pas tout à fait identiques. Le décalage est perceptible conférant à l’œuvre un surcroît de tension. Le jaune et le gris délavés soutiennent l’effet de pauvreté, une pauvreté dont seul l’examen attentif de la transparence des badigeons, laborieusement superposés, peut dénoncer combien elle est surinvestie de soins mystiques et existentiels.