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Christian Floquet

Christian FLOQUET

Après une première période où il expérimente une peinture libre de tendance figurative, aux effets matiéristes, les couleurs empiétant les unes sur les autres, Christian Floquet, dès le milieu des années quatre-vingt, va changer radicalement de cap. En témoignent les deux pièces du Frac, toutes deux sans titre. La première en 1985 est encore sur toile libre. La succession des plans dans l’espace y est encore perceptible.

Une forme simple, à la limite de la géométrie, peinte en noir, s’inscrit en s’échappant partiellement du format, sur un fond jaune coupé d’une large bande bleue ou sur un fond bleu bordé de deux bandes jaunes.

Si les aplats sont rigoureux, les couleurs, la séparation des plans et la frontalité franches, en revanche, les limites de la figure et des arrière-plans sont irrégulières, ostensiblement tracées à main levée. Le support accuse aussi une approximation évidente due à l’absence de châssis. Cette toile semble regarder du côté de la peinture américaine et plus particulièrement du côté du collage.

Une partie des problématiques explorées par Christian Floquet concerne les rapports entre la figure et le fond ou plus généralement les rapports entre les aplats qui constituent le tableau. Dans une peinture qui s’affirme résolument bidimensionnelle, on assiste à une indécision permanente des plans à prendre la prééminence les uns sur les autres, puis, lorsque l’équivoque semble résolue, ce sont les formes inscrites dans le format qui déjouent la sérénité d’un équilibre géométrique bien ajusté. La géométrie s’impose à la limite du précaire.

La seconde toile de 1987 montre une évolution vers une peinture sur châssis aux apparences de plus en plus rigoureuses. Les lignes sont strictes. On assiste à l’inscription parfaite d’une croix dans un format stable, les huit pointes touchant exactement les limites du tableau. Mais cette adéquation accentue en contrepartie une disproportion entre les éléments constitutifs de la figure dont les parallèles sont décalées. Le format du support est un faux carré. Quant aux couleurs, elles opposent dans une tension mouvante la vibration d’un rouge vif sur un vert cru. Ainsi, là où on devrait être dans le registre parfaitement réglé d’une abstraction rationnelle, le tableau avoue un caractère d’instabilité inquiète.