RAYMOND HAINS

1926 - 2005

Courant : Nouveau Réalisme


Raymond Hains entre à l’École des Beaux-arts de Rennes en 1945 pour étudier la sculpture, mais n’y reste que six mois, le temps d’y rencontrer Jacques Villeglé, autre futur affichiste du groupe des Nouveaux Réalistes. Il commence alors à réaliser des photographies à l’aide de lentilles déformées qui donnent de l’objet une image éclatée. Exposées en 1947, ces photographies constituent sa 1ère exposition personnelle, à la Galerie Colette Allendy, à Paris.

Dans les années qui suivent, Raymond Hains réutilise ce procédé pour réaliser des films expérimentaux. C’est à l’occasion d’un tournage en 1949, où il se propose de filmer des affiches collées sur des murs de rues, que naît l’idée de se les approprier.

Raymond Hains

En compagnie de Jacques Villeglé, il collecte des affiches publicitaires usées par des mains anonymes dans les rues de Paris. Mais ce n’est qu’en 1957 qu’ils présentent le résultat de leurs trouvailles, toujours à la Galerie Colette Allendy, dans une exposition intitulée "Loi du 29 juillet 1881", titre qui fait référence à la législation du droit de l’affichage public.

Après la création du groupe des Nouveaux Réalistes en 1960, Raymond Hains continue d’exposer des affiches lacérées, en compagnie des affichistes Villeglé, Dufrêne et Rotella.

Parallèlement, dès 1959, il récolte des affiches sur leur support d’origine, bois et métal, qui lui permettent d’instaurer un dialogue entre le fond et les couleurs de l’image.

La pièce «Panneau d’affichage» est constituée d’une tôle et de lambeaux d’affiches lacérées. Titre et objet recouvrent la même réalité matérielle, où le «non-faire» de l’artiste opère par choix et désignation : «Mes œuvres existaient avant moi, mais on ne les voyait pas parce qu’elles crevaient les yeux». «L’époque des tôles» suit la découverte par Raymond Hains en 1958 de l’entrepôt Bompaire où celles-ci étaient stockées. Tôle ou palissade, il est saisi par le support d’origine qui fait irruption à la surface, modifiant la perception motif/fond : «Ça me plaisait au niveau des couleurs. J’aime assez le gris de la tôle galvanisée (…). J’étais plus proche de la peinture informelle que lorsque je ramassais des affiches.»

Panneau d’affichage se réfère également à d’autres sources. Objet détourné, il évoque les ready-mades de Marcel Duchamp. Le geste négatif de la lacération qui procède, à l’inverse de la peinture, par soustraction de matière dans une même saisie de la couleur et de la forme, évoque les papiers découpés d'Henri Matisse. Panneau d’affichage rappelle également le dispositif employé par Raymond Hains pour réaliser ses photographies abstraites : «Déjà la tôle chromée sur laquelle se glacent les épreuves incite à découvrir de nouvelles apparences aux choses (…). Il est possible de pousser la déformation jusqu’à ce qu’on ne puisse plus discerner l’objet». La poétique analogique de Raymond Hains compose ici l’une de ses énigmes perceptives, illustration littérale du moment où «la photographie devient l’objet».

Source : Centre Pompidou, Paris


--------------------


Liens :
Exposition Raymond Hains - Frac Pays de la Loire
"Mon Encyclopédie Clarté" par Raymond Hains