"Etre artiste c’est répondre à un questionnement,
et mes réponses ne me satisfaisaient plus. Il fallait que
j’aille à la source pour comprendre pourquoi nous
avions cette attitude, ce fatalisme… Comprendre pourquoi
mes ancêtres Yoruba faisaient des masques : c’est
cela qui m’a poussé à faire des kaélétas
(masques). Il fallait voir ce qu’il y avait derrière.
Je me suis plongé dans le Fa. Du sud-ouest du Nigeria au
sud-ouest du Ghana, on parcourt la région du Fa. Le Fa
c’est la géomancie divinatoire qui permettait de
savoir l’avenir […]. Le travail que j’ai réalisé
sur le Fa m’a fait beaucoup avancé. […].
Après cette nouvelle étape de mon parcours, j’ai
commencé à m’ennuyer et je suis revenu aux
masques bidons. Il n’y a aucune rue au Bénin où
l’on ne trouve un bidon, du type même que j’utilise
: le bidon du trafiquant d’essence. Car à Porto Novo,
le trafic d’essence est partout. […].
C’est comme cela que je suis devenu photographe, parce
que ces bidons, je ne pouvais pas les obtenir facilement […].
J’ai travaillé sur La bouche du roi en filmant tous
les jours les trafiquants, ces as de la débrouille, dans
leurs gestes au quotidien. Ils vont au marché, achètent
des bidons, y mettent de l’essence, et cette essence est
utilisée par la population béninoise. Mais quand
on voit comment se passe ce trafic, on se rend compte que les
bidons sont traités exactement comme l’étaient
les esclaves auparavant. On peut établir une métaphore
entre ces deux situations […].
C’est toute une vie autour de l’objet bidon. Et cet
objet bidon devient l’esclave d’aujourd’hui
[…]."
Source : extraits d'un entretien avec Romuald Hazoume - Musée
du Quai Branly, 2006