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Hannah Höch

Hannah HOCH

Hannah Höch fut l’unique femme du mouvement Dada. Elle inventa le photomontage qui lui valut la célébrité. Le Musée Tinguely à Bâle lui rend hommage jusqu’au 4 mai 2008 au travers de l’Exposition tout commence avec Dada.

Issue de milieu bourgeois, Hannah Höch est née en 1889 à Gotha, où elle passa son enfance. En 1915, pendant ses études dans la classe d’Emil Orlik à l’institut rattaché au Musée des arts décoratifs de Berlin, études qu’elle finança en travaillant comme dessinatrice de projets de travaux manuels à la rédaction de la maison d’édition Ullstein, elle rencontra l’artiste Raoul Hausmann. Jusqu’en 1922, Höch et Hausmann, qui de son côté était marié depuis 1908 avec Elfriede Schaeffer, de 10 ans son aînée et avec laquelle il avait une fille, vécurent une liaison passionnelle, mais tourmentée pour Höch, puisque Hausmann n’était pas prêt à se séparer de sa femme. Hausmann attribuait les difficultés de leur liaison à l’éducation «patriarcale-autoritaire» qui avait marqué Höch, et qu’elle devait surmonter.

Cette période douloureuse dans sa vie privée était pourtant extrêmement fertile pour Höch sur le plan artistique, et, avec ses collages et objets virtuoses, spirituels mais chargés de sens, la jeune artiste pouvait défendre sa position parmi le groupe de dadaïstes égocentriques de Berlin : Hausmann, Johannes Baader, George Grosz, Richard Huelsenbeck, John Heartfield. Ainsi, dans le courant de l’été 1920, elle participa avec ses œuvres à la «Première Foire Internationale Dada». Les œuvres principales de cette période dans sa vie, le collage Dada-Rundschau ainsi que les deux Dada-Puppen révèlent Höch en commentatrice éveillée et ironique des changements politiques et sociaux qui suivirent la 1ère guerre mondiale.

Dans le courant de l’automne 1920, bien avant la dissolution du groupe Dada de Berlin et sa séparation d’avec Hausmann, Höch entreprit de se rendre seule, à pied, de Berlin à Rome, prouvant par là non seulement son désir de prendre ses distances, émotionnellement comme géographiquement, mais aussi son besoin absolu d’indépendance. Maintenant seulement, se sentit-elle libre de se lier d’amitié avec d’autres artistes tels Hans Arp, Theo von Doesburg et sa femme Nelly, El Lissitzky, Piet Mondrian, László Moholy-Nagy, Kurt Schwitters et autres, et de collaborer avec eux sur le plan artistique. Ainsi naquit tout un réseau d’amitiés artistiques à travers l’Europe entière. En 1926, lors d’un séjour auprès d’amis en Hollande, elle rencontra l’écrivaine Til Brugman dont elle partagea la vie jusqu’en 1935, d’abord à La Haye puis à Berlin.

Durant cette période, Höch produisit une riche œuvre à caractère varié qui traduisit sa recherche vers une liberté personnelle et artistique. En cela, elle fut énormément aidée par son activité dans les arts appliqués, la mode et l’illustration. Un riche choix de tableaux tels Roma ou Die Journalisten, et collages tels Schnurenbild ou Das Sternfilet, de dessins et de documents illustre cette décennie artistiquement fertile, imbue de liberté et d’échanges.

Bien avant la prise de pouvoir par les Nazis, le climat politique et culturel avait fortement changé en Allemagne. À partir de 1933, les nouvelles tendances littéraires et artistiques tombèrent encore plus sous le coup des attaques; de nombreux artistes d’avant-garde durent quitter le pays. Les œuvres de Hannah Höch figurèrent elles aussi dans des publications et expositions diffamatoires telles Säuberung des Kunsttempels et «Entarte ‚Kunst» en 1937. Le climat de haine et la diffamation poussèrent Höch d’autant plus à s’isoler en elle-même qu’elle était gravement malade à l’époque. En 1939, elle se retira dans une petite maison à Berlin-Heiligensee où elle put sauver non seulement sa personne mais aussi de nombreuses œuvres de ses amis avant-gardistes d’une saisie par les Nazis, et continuer à travailler à l’écart des événements. Des tableaux tels Die Spötter ou Wilder Aufbruch commentent avec clairvoyance le climat de l’époque, quand toute voix qui s’élevait en critique devait être brutalement étouffée.

La fin de la 2ème guerre mondiale signifiait pour Hannah Höch comme pour beaucoup d’autres artistes se défaire de leur bâillon et être libérés de la menace existentielle. Vers la fin des années 40, Höch fut considérée non seulement comme un important témoin de son époque et des débuts de l’art moderne en Allemagne et en Europe, mais de plus en plus on eut conscience de l’importance de son apport à l’art moderne. Toutefois, Höch réfutait cette seule épithète d’important témoin artistique de son époque, et fut, jusqu’à sa mort en 1978, un des rares protagonistes du groupe Dada qui continua à travailler à son œuvre de maturité, valable pour soi-même et virtuose, enrichi de manière déterminante par la photo en couleurs dont la technologie était de plus en plus répandue. L’exposition présente un grand nombre de ces collages virtuoses dans lesquels l’artiste «peint» pour ainsi dire avec les couleurs que lui fournissent les bouts d’images à sa disposition.

Ce n’est pas seulement durant sa retraite forcée dans sa maison à Berlin-Heiligensee que des motifs tels plantes, nature, jardin acquirent un rôle important dans l’œuvre de Höch. En vue de sa vulnérabilité, Hannah Höch voyait en la plante un parallèle pour la sensibilité humaine et une métaphore de l’existence humaine. Le jardin était un endroit de liberté et de beauté, de merveilleux et d’étrange, et constitue l’œuvre globale de Höch, une réelle utopie dans laquelle Höch pouvait atteindre son autarcie et réaliser sa multiplicité.