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Jenny Holzer

Jenny HOLZER

Jenny Holzer s’est fait connaître en apposant des affichettes sur les murs de Manhattan en 1978-1979 – affichettes qui comportaient des suites de phrases courtes, sortes de lieux communs du discours ambiant qu’elle désignait du terme de Truismes.

Ce geste de reprise, de réflexion du discours, dénué de tout jugement de valeur ou de considération sur le bien et le mal de telle ou telle sentence, semble l’héritier direct de celui de Gustave Flaubert rédigeant le Dictionnaire des idées reçues. Cependant, Jenny Holzer met de plus en évidence le statut sémiotique dominant des messages présents dans notre environnement urbain : leur forme d’ordres, de sentences, de conseils, de prescriptions – ce que les linguistes rassemblent sous la notion de régime performatif.

La série Inflammatory Essays (1979-1982) reprenait des stéréotypes contestataires ou subversifs contradictoires entre eux. Par la forme utilisée (affichage, défileur électronique, gravure dans la pierre) ainsi que par la mise en situation, Jenny Holzer s’attache à l’ensemble du message : texte, véhicule et contexte. Elle s’appuie en outre sur la théorie de la déconstruction qu’avec d’autres artistes de sa génération elle a découvert dans la traduction américaine des travaux du philosophe français Jacques Derrida. (Le Coin du miroir, à Dijon, a organisé en 1982 une exposition Jenny Holzer / Peter Nadin.) Les six panneaux du Frac de Bourgogne, réalisés avec Peter Nadin, appartiennent aux Living Series qui ont donné lieu à un petit livre. (Les deux artistes avaient réalisé ensemble auparavant, en 1981, Eating Through Living.)

Le véhicule employé, le panneau de tôle émaillé, rappelle un support classique du message informatif ou réglementaire. Les visages identiques, anonymes, placés à égalité avec les textes maintiennent ces derniers à une certaine distance esthétique. Leurs contenus de notations et de conseils dérisoires ont des résonances quelque peu comiques : « Un versant familier de la colline paraît doux en hiver quand se dressent des arbres dénudés. La même chose advient pour un corps mal rasé quand vous devenez sentimental à l’égard d’une personne sans barbe. » « Il n’y a pas de raison de dormir recroquevillé et penché, ce n’est pas confortable. Ce n’est pas bon pour vous et ça ne vous protège pas du danger. Si vous avez peur d’être attaqué, vous devez rester éveillé ou dormir légèrement avec les membres déployés prêts à l’action. »