Fabrice Hyber est né en 1961 à Luçon,
en Vendée, dans une famille d'agriculteurs éleveurs
de moutons; région au sujet de laquelle il déclare
: "J'y retourne régulièrement. C'est un peu un
retour aux sources permanent. C'est une région assez vierge
où les gens ne sont pas blasés".
L’ensemble de l’œuvre de Fabrice
Hyber est conçu sous la forme d’un gigantesque rhizome
qui se développe sur un principe d’échos. En
procédant par accumulations, hybridations, mutations, l’artiste
opère de constants glissements entre des domaines extrêmement
divers. Chaque oeuvre n’est qu’une étape intermédiaire
et évolutive de ce « work in progress » qui se
répand comme une prolifération de la pensée,
établissant des liens et des échanges qui donnent
ensuite lieu à d’autres articulations.
« Prothèse mentale qui prolonge la
pensée par le corps » ou « entreprise mettant
en réseau des individus, des idées et des savoir-faire
», son oeuvre répond à de multiples définitions.
En 1994, il créé UR (Unlimited Responsibility),
sarl destinée à favoriser la production et les échanges
de projets entre les artistes et les entreprises. Son objectif :
valoriser les producteurs, traverser et rapprocher des territoires
divers et surtout agir, faire. Avec les POFs (Prototypes d’Objets
en Fonctionnement) comme le Ballon carré ¯ pof n°65
ou Oto, la voiture à double tranchant ¯ pof n°87,
ou encore la Balançoire ¯ pof n°3, l’artiste
déplace la fonction originelle de quantités d’objets
familiers empruntés à notre quotidien. Il modifie
ainsi la conscience et la pratique que nous avons de ces objets
puisque leurs formes nouvelles induisent et génèrent
de nouveaux comportements. Les POFs, issus de dessins ou de tableaux
rarement exposés, sont régulièrement «
testés » par le public au cours d’expositions
« Testoo », « At your own risk » etc. Hyber
les a également mis en scène avec les POF Cabaret.
Fabrice Hyber expose pour la première fois
à Nantes en 1986 sous le titre « Mutation ».
En 1989, naît d’une commande publique « l’homme
de Bessines », petit bonhomme vert de 86cm de haut, personnage
ordinaire basculant dans l’étrangeté extraterrestre.
Installés sur le réseau d’eau de la commune,
les « hommes de Bessines » font office de fontaine puisqu’ils
crachent de l’eau par tous les orifices corporels qui informent
le cerveau. Depuis 1989, les « hommes de Bessines »
envahissent peu à peu des villes en France comme à
l’étranger.
En 1991, l’artiste réalise «
traduction - le plus gros savon du monde ». Inscrit au Guiness
des records, ce savon de 27 tonnes, moulé dans une benne
de camion et présenté d’un centre Leclerc à
l’autre est en quelque sorte l’auto-portrait de l’artiste
: incernable, inclassifiable, il glisse sans cesse des mains. Il
présentera la même année son premier POF, Touch
carpet ¯ pof n°1.
Après avoir transformé en 1995 le
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en Hybermarché
et installé l’année suivante un salon de coiffure
professionnel au Centre Georges Pompidou à l’occasion
de l’exposition Féminin/Masculin, Fabrice Hyber est
choisi en 1997 pour représenter la France dans le cadre de
la 47 ème Biennale de Venise. Il en repartira avec le «
Lion d’or » après avoir transformé le
Pavillon Français en studio d’enregistrement et de
diffusion d’émissions télévisées
(Eau d’or, eau dort, odor).
Pour le passage à l’an 2000, il fait de l’un
des monuments les plus solennels de Paris, l’Arc de Triomphe,
le lieu d’ancrage d’un portail internet : inconnu.net.
Le titre de l’oeuvre fait référence, non seulement,
au bâtiment qui l’abrite mais également au système
de pensée de l’artiste pour qui le monde ne peut être
appréhendé que comme un questionnement.
En 2001, Fabrice Hyber imagine à Tokyo le
premier des « C’hyber rallyes », le second aura
lieu la même année à Vassivière en Limousin.
En 2002 ce sera au tour de quelques trois cent parisiens de battre
le pavé de la capitale pour le Paris c’hyber rallye
organisé avec le Musée d’Art Moderne de la Ville.
Passionné par les concepts de rhizome et
de prolifération, l’artiste pense le c’hyber
rallye comme une oeuvre : un réseau d’échanges
actifs et durables entre l’oeuvre d’art, l’environnement
et le public. En disséminant ses POFs dans la ville, Hyber
partage avec les concurrents la vision qu’il en a et leur
offre une possibilité de s’immerger de manière
ludique et sensitive dans son univers.
2003 et 2004 sont deux années centrées
autour de « L’Artère ¯ le jardin des dessins
», oeuvre pérenne, imaginée et créée
par Hyber, à la demande de l’association Sidaction
qui souhaitait commémorer les vingt années de la pandémie
du sida. En choisissant de donner à ces années de
lutte une visibilité généreuse, Fabrice Hyber
a pensé « l’Artère » comme un anti-monument.
Un sol ouvert, accessible à tous, gigantesque puzzle de 1001m2
constitué de quelques 10.000 carreaux de céramique,
supports d’autant de dessins originaux de l’artiste,
peints directement sur les pièces de céramique. Ce
parterre étalé comme une peau en plein coeur du Parc
de la Villette à Paris, reprend la forme du ruban rouge dénoué,
ouvert sur l’avenir.
« Nord-Sud » est le titre de l’exposition
proposée en 2005 par l’artiste au Frac des Pays de
la Loire.
Témoin de l’avancée de sa réflexion,
autour de l’aménagement de la vallée de son
enfance, l’exposition reflète un processus initié
en 1993. Après avoir semé dans le lieu plus de 70.000
arbres d’espèces variées, Hyber continue sur
sa lancée en compagnie d’autres artistes invités
à travailler autour des fonctions de la maison. En proposant
à ces artistes et architectes de réfléchir
avec lui à ces problématiques, Hyber poursuit son
engagement de partage envers le public comme envers d’autres
créateurs.
La même année, pour la Briqueterie
de Ciry-le-Noble il provoque la capacité d’invention
de deux professionnels de la terre cuite et défie les principes
de fabrication en construisant une maison en terre de 2m50 de haut
et 2 mètres de côté montée et cuite en
un élément unique, comme une seule brique.
Toujours en 2005, Fabrice Hyber se retrouve partie
prenante d’une aventure menée de front avec le chorégraphe
Angelin Preljocaj. A la demande de celui-ci, Hyber s’associe
à la création du ballet « Les 4 Saisons…
» musique de Antonio Vivaldi, présentée en ouverture
du festival de Montpellier Danse le 1 er juillet dernier. Assurant
la « chaosgraphie » , les décors et les costumes
du ballet , l’artiste déroute Preljocaj et perturbe
sa chorégraphie avec l’intrusion sur scène de
nombreux POFs qui agissent comme autant d’interférences
et modifient sa façon initiale d’envisager le mouvement.
Au même moment sont présentés
à la Villa Arson sous le titre « Météo
» une trentaine de tableaux préparatoires aux «
4 Saisons… », des installations, plusieurs POFs accompagnés
de leur vidéo ainsi que différents costumes et décors
réalisés par l’artiste pour le ballet.
Fabrice Hyber valorise le rôle de l’artiste
comme réalisateur, entrepreneur et médiateur, toujours
sur plusieurs projets à la fois, il multiplie ses oeuvres
en rhizomes, s’inspirant ainsi de la manière dont se
développent les systèmes cellulaires de nombre d’organismes
vivants, systèmes de flux irriguants, nourrissants, débordants
... Source : Dossier de presse de la Maison d’art
Bernard Anthonioz |