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On Kawara

On KAWARA

Tout, concernant le rendu de ce qu’il est convenu d’appeler le réel, est affaire de conventions et l’on ne parle jamais d’autre chose que du réel. Seuls diffèrent les codes à ce requis, langages et modes de représentation. Si, comme l’affirme Clément Rosset, « le discours sur le réel sera tautologique ou ne sera pas », force est alors d’admettre que On Kawara est l’un des plus évidents réalistes qui se puisse concevoir.

Les conventions qu’utilise l’artiste américain d’origine japonaise pour rendre compte du réel sont variées mais font le plus souvent appel au langage (écrit mais non manuscrit) ainsi qu’aux différentes modalités de représentation (coupures de journaux, cartes postales, plans, etc.). Par exemple, la série I went consiste en des plans de villes sur lesquels il surligne un itinéraire réalisé dans la journée à la date tamponnée sur le plan. I met comprend des listes de gens que l’artiste a rencontrés dans la journée dont la date est également apposée sur le feuillet qui contient l’énumération. Ces relevés sont regroupés dans des classeurs. L’œuvre réside autant dans le processus adopté et réalisé que dans la trace qui en témoigne. Si l’on considère que ce processus est le plus important, on dira de On Kawara qu’il appartient à la catégorie des artistes conceptuels.

Si, en revanche, on estime que l’œuvre doit autant à une attitude face à l’existant qu’aux méthodes et aux objets qui en rendent compte, alors on évitera d’enfermer On Kawara dans une quelconque catégorie. Le 4 janvier 1966, à New York, il entame ce qu’il appellera The Today Series Of Date Paintings, qui se poursuit à ce jour et à laquelle appartient la pièce du Frac de Bourgogne. Chaque exemplaire consiste en un tableau sur lequel figure la date du jour dans la langue du pays où l’œuvre est réalisée. La date est peinte en blanc sur un fond dont la couleur varie, du bleu clair au brun foncé en passant par le rouge. Les formats diffèrent également (de vingt centimètres environ à plus de deux mètres).

Chaque peinture, une toile à l’acrylique tendue sur châssis, est ensuite placée dans une boîte en carton confectionnée à cet effet et à quoi s’ajoutent des coupures de presse du jour et du lieu. Il ne s’interdit pas de peindre plusieurs toiles en une seule journée comme de ne pas peindre pendant plusieurs jours. Une seule obligation : achever le tableau le jour même (dans le cas contraire il est détruit). Les reportages photographiques montrent à quel point tout cela est réalisé avec le plus grand soin. L’impact visuel des tableaux, seuls ou en ensembles, est réel, aussi réel que la stricte réalité dont ils témoignent.