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Julije Knifer

Julije KNIFER

À la fin des années 50, Julije Knifer invente une forme de composition personnelle, simple et radicale.

« J’étais obsédé par l’idée de créer une anti-peinture », dira-t-il dans des notes postérieures. Membre du groupe Gorgona fondé à Zagreb (1959-1966), il participe dans cette ville aux deux premières expositions des Nouvelles tendances (1961 et 1963), où il côtoie tout ce qui compte à l’époque, à l’échelle internationale, d’artistes et de groupes qui exacerbent l’abstraction et la font évoluer vers le cinétisme ou le monochrome.

Ironisant sur les contextes différents dans lesquels son œuvre a pris sens, Julije Knifer dira : « Dans le cycle de Gorgona, les méandres étaient considérés comme une manifestation claire de l’absurde. Les méandres de Nouvelles tendances étaient considérés comme une manifestation claire du Constructivisme. » Sceptique à l’égard de toute interprétation, Julije Knifer, à l’instar de Ludwig Wittgenstein, n’exclut pas l’idée de contenu, mais pense simplement que celui-ci ne peut s’exprimer.

La série des cinq dessins (Sans titre) réalisés entre 1959 et 1960 relève encore d’une période transitoire au cours de laquelle les formes abstraites rigoureuses se décantent pour devenir méandre. Leur succession témoigne d’une invention perpétuelle dans une recherche que la pratique sérielle ne rend jamais répétitive. En accumulant aussi les dessins, Julije Knifer constitue une réserve inépuisable pour les œuvres qu’il réalise au graphite sur papier, sur les murs ou sur toile. Ainsi peut-il abolir toute notion de chronologie en affirmant qu’il travaille peut-être aujourd’hui à ses premières œuvres alors que les dernières ont déjà été exécutées.

TU 272/7-78 est un méandre épais, traçant son généreux parcours sur fond noir. Scindé en trois parties, il prend son origine dans le faux carré de gauche, dont le module se répète, source d’une variation toute musicale. Il est certes difficile, dans l’œuvre de Julije Knifer, si bien organisée autour d’un imperturbable paradigme, de déceler des périodes. Cependant, TU 272/7-78 peut être rapproché de tous les méandres qui, depuis les années soixante, s’opposent en quelque sorte à ceux dont le dessin se situe davantage dans les marges du tableau. Ici le paradigme générique s’affiche pleinement. Comme tous les méandres de Julije Knifer, celui-ci invite au parcours visuel infini. Il a le pouvoir hypnotique d’un rythme pur. Sans quitter le processus du méandre, d’une œuvre à l’autre, dans un jeu subtil de va-et-vient perceptif entre le fond et la forme, tantôt c’est le blanc qui l’emporte, tantôt le noir.

Ce dernier cas vaut pour Sans titre, daté de 1991-1992. L’œuvre est composée de trois toiles précisément juxtaposées. Le blanc, réduit à de très minces filets, circule à la périphérie des aplats noirs uniformes qui recouvrent la presque totalité de la surface. Leur disposition établit un jeu pervers en laissant percevoir une scansion qui contredit la réalité de leur répartition sur trois châssis, accroissant la logique vertigineuse d’une variation sans fin, quels qu’en soient les supports et le nombre.