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Barbara Kruger

De sa formation de graphiste dans les années 60, Barbara Kruger va retenir, après plusieurs années d’expériences plastiques hétérogènes, les nombreuses possibilités qu’offre le montage texte-image. Pour cela, elle rassemble des photographies parmi celles produites par les médias et procède à une critique des représentations dans la publicité, le cinéma, ou la télévision. Le corps y est le plus fréquemment représenté parce que objectivé, envisagé comme marchandise. Il est logiquement au centre de l’analyse de l’artiste comme l’enjeu d’une lutte pour son contrôle de la part des médias, à travers l’usage des stéréotypes en particulier.

Les théories féministes travaillaient dans le même temps, s’appuyant également sur les textes de Jacques Derrida, à déconstruire l’image de la femme produite dans la société. Barbara Kruger accompagne cette réflexion dans nombre de ces travaux du début des années 80. Elle conçoit des photomontages qui trouvent leur inscription sur de nombreux supports, affiches, tee-shirts, sacs plastique…, comme autant de stratégies pour déplacer les langages publicitaires. Les œuvres exposées sont conçues sur le même principe : des photographies en noir et blanc, avec surimposition de texte, sont soulignées d’un cadre rouge. L’effet d’intimidation qu’elles produisent vise à saisir le spectateur, à lui faire ressentir la situation évoquée.

Ainsi « You are the perfect crime », phrase déclarative, semble s’adresser à la fois à l’homme photographié et au spectateur. Elle s’incruste dans l’image dans le nuage de fumée, parole énoncée de l’extérieur par l’artiste. La représen-tation de l’homme, caractéristique de l’Occidental uniformisé par son costume, recoupe les stéréotypes du monde des affaires et du grand banditisme. Son geste d’exhaler la fumée de sa cigarette lui confère à la fois détachement (les yeux ne sont posés nulle part) et assurance. « Je considère mon travail comme autant de tentatives de détruire certaines représentations et d’introduire une spectatrice féminine au sein d’un public masculin. »

Elle recourt pour cela à des stratégies artistiques, celle du photo-montage, mais aussi le mode du texte, affirmant la position du sujet qui parle et celle de l’interlocuteur. Cependant, l’appropriation des langages médiatiques n’est pas littérale. Barbara Kruger crée un écart ; par exemple, contrairement à la publicité qui imprime directement l’imagination, l’œuvre de Barbara Kruger force le spectateur à décoder le message, quitte à le laisser sans réponse.

Alors que la phrase « You are the perfect crime » semble être une accusation, le choix du terme “crime” et non “criminal” renverse la proposition vers une situation de victime. Qui subit le crime et qui l’opère ? Seul le fait qu’un crime a lieu, parfait puisque insoupçonné, est ici manifeste. Le message est susceptible de prendre diverses significations, adressé à la fois à l’homme et au spectateur. Au-delà d’une seule analyse féministe des représentations des genres, cette œuvre questionne les liens entre représentation et pouvoir, qu’il s’agit pour Barbara Kruger de s’approprier pour mieux les pervertir, afin de mobiliser le spectateur.