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Kasimir Malevitch Art Abstrait

Kasimir MALEVITCH

Né en Ukraine de parents d’origine polonaise, Malevitch fréquente tout d’abord un lycée agricole, expérience qui n’est pas dénuée de signification à l’égard de sa future carrière, car, comme il note dans son Autobiographie, c’est en regardant les paysans décorer leur maison qu’il a été attiré par l’art et la peinture. En 1896, il intègre l’école de dessin de Kiev, puis se rend à Moscou en 1904 où il suit des cours à l’Académie de peinture, de sculpture et d’architecture. Au sein d’associations artistiques telles que le Valet de carreau ou la Queue d’âne qui s’intéressent aux recherches picturales modernistes tout en s’inspirant des peintures primitives russes, il s’initie successivement à tous les styles de peinture en vogue, et invente en 1913, en peignant des personnages aux formes cylindriques, le cubo-futurisme, synthèse proprement russe des tendances française et italienne.

Dans ce contexte d’émulation, il réalise les costumes et le décor d’un opéra avant-gardiste, Victoire sur le soleil, joué en décembre 1913 à Saint-Pétersbourg. C’est à cette occasion qu’il peint son premier carré noir sur fond blanc qui, dans l’économie générale du décor, a pour fonction de remplacer une icône. Son travail ultérieur, jusqu’à la fin des années 20, consiste à tirer les conséquences artistiques, théoriques et philosophiques de ce geste. Comme il l’affirme dans le catalogue d’une exposition à laquelle il participe au printemps 1915, Tramway V, "L’auteur ignore le contenu de ses peintures", il n’en comprend la portée que rétrospectivement.

A l’automne 1915, il expose une trentaine d’œuvres radicales, abstraites et minimales, auxquelles il travaillait en secret. Pour les qualifier, Malevitch invente le terme de suprématisme à partir du latin "supremus", qui est au-dessus de tout, en relation avec un courant philosophique, le "supranaturalisme", visant à définir l’essence invisible des choses.

En 1927, il effectue son unique voyage en Occident et se rend à Varsovie pour exposer ses toiles, puis à Berlin, d’où on le rappelle d’urgence en URSS. Il confie l’intégralité de ses œuvres et documents à un ami qui les cèdera en 1958 au Stedelijk Museum d’Amsterdam. C’est en partie grâce à cet incident que le travail de Malevitch a pu être conservé en Occident jusqu’à sa redécouverte progressive au cours des années 70.

A partir de 1928, il réalise une série de peintures représentant des paysans, antidatées des années 10 sans doute pour des motifs politiques. En effet, à travers ces toiles et contrairement à ses premières séries de paysans où il chantait la noblesse du travail et l’harmonie des hommes avec la terre, Malevitch dénonce l’intrusion violente de la civilisation technologique dans le monde rural prônée par les plans de développement quinquennaux.

En 1930, il est temporairement emprisonné, ce qui conduit ses amis à brûler un grand nombre de ses manuscrits. Hormis une dernière exposition, en 1935, qui présente une sélection de ses peintures récentes, ses œuvres ne seront plus montrées en URSS jusqu’en 1962.

Selon la cérémonie suprématiste qu’il avait entièrement planifiée, il sera enterré dans un cercueil orné d’un carré, d’un cercle et d’une croix sur le couvercle (la croix ayant été retirée par les autorités), habillé d’une chemise blanche, d’un pantalon noir et de chaussures rouges.