Philippe
Deramecourt (Ph. D.) : Les Personnages permettent de mettre en scène
des sentiments. Que souhaitez vous exprimer au travers des vues,
des paysages ?
Mitro : C’est difficile de répondre
à cette question. J’aime voyager, et j’ai la
chance de voyager beaucoup, j’ai un attachement très
fort vers la part de rêve et de voyage dans l’imaginaire
qu’inspire l’architecture et les paysages. C’est
une source inépuisable d’inspiration.
C’est la lumière qui est le plus important dans mes
tableaux. Le jeu de la lumière qui met en scène les
formes issues de l’architecture ou des paysages.
J’ai peint Venise pour la lumière de l’eau, la
Grèce pour le blanc que j’aime beaucoup et le bleu,
et le Maroc pour sa lumière feutrée et filtrée
dans les souks.
Ph. D. : Au Maroc vous avez peint des personnages,
mais voilés.
Mitro : Je n’ai pas voulu peindre un visage
de femme pour ne pas faire référence à une
personne. J’ai voulu peindre des femmes voilées pour
représenter toutes les femmes, celles que l’on voit
dans les souks, qui sont pour moi indissociables de l’ambiance
des souks, pas une en particulier.
Pour moi au Maroc ce qui est fort ce n’est pas l’architecture,
mais l’ambiance et la lumière des souks.
Comme à Rome, la caractéristique de Rome ce sont ses
places, et leur animation avec tous les personnages qui les font
vivre.
Alors qu’ici, en Bretagne, ou en Grèce, ce qui est
important pour moi c’est la lumière sur l’architecture
ou les paysages.
Même dans mes natures mortes, je mets en scène la lumière.
Je recherche la transparence, le jeu entre l’ombre et la lumière.
Je peints mes natures mortes à plat, de face, sans angles
de fuite. La profondeur vient de la lumière et de l’ombre.
Ph. D. : Où avez-vous appris à
peindre ?
Mitro : J’ai fait toutes mes études
du primaire à l’université dans des écoles
d’art à Bucarest en Roumanie. Les cours y sont très
académiques, j’y ai appris toutes les bases techniques
et l’histoire de l’art.
A partir de ces bases, chacun est parti dans des directions différentes.
Tous mes collègues travaillent sur des compositions abstraites.
Je suis considéré par eux comme un Dinosaure.
Ce qui est important pour moi, c’est la sincérité
et le travail.
Bien sur j’ai des idoles, la liste est très longue.
Ce qui est important c’est de se détacher de ses idoles,
de construire un travail sincère et intime.
Chaque peintre est sensible à quelque chose. Il ne faut pas
chercher à en dire trop ou plus, mais chercher à être
juste.
Ph. D. Qui vous a donné envie de peindre
?
Mitro : Cela c’est fait naturellement. Selon
ma Mère, tout petit j’aimais déjà rester
seul chez moi, pour jouer avec des couleurs. Ma Mère m’a
poussé.
Je crois que chacun a un talent, qu’il faut le découvrir,
ne pas passer à coté de sa vie. J’ai eu la chance
d’avoir des parents qui m’ont aidé et encouragé.
Ph. D. : Comment travaillez vous ?
Mitro : Je travaille avec tous les outils disponibles
comme les croquis, les photos, les notes, mais après je recompose
les vues. Je suis libre. Je prends une terrasse là, un escalier
ici, une fenêtre ailleurs, et je recompose ma vue. Je ne travaille
pas « à la lettre ».
J’ai essayé de peindre en rentrant d’un voyage,
mais sans résultat. J’étais trop précis,
trop dans le détail.
J’ai besoin d’attendre, de décanter pour garder
l’essentiel. J’ai visité Venise en 1990, et je
n’ai peint Venise qu’en 1998. En 1990 je peignais des
clowns, vous voyez que je peux peindre aussi des personnages.
Ph. D. Comment avez-vous le sentiment d’avoir
évolué ?
Mitro : Difficile pour moi de dire si j’ai
évolué, c’est à vous de le dire.
Pour moi chaque toile est une nouvelle page. J’ai le souci
permanent d’évoluer, de travailler pour progresser.
Bien sur j’ai un fil conducteur.
Nous avons ensuite poursuivi l’échange
librement. Moment magique où l’Artiste m’explique
que le plus important c’est ce que nous lui disons de son
œuvre, pas ce qu’il en dit. Oui Monsieur Mitro, je suis
sensible à cet escalier qui descend mais vers où ?
à ces deux chaises vides qui parlent de la vie des personnages
absents, à la lumière qui habitent vos tableaux, lumière
qui symbolise pour moi l’absolue mais dont nous ne percevons
que l’antagonisme entre l’ombre et la lumière,
dont la profondeur qui s’en dégage indique un chemin
de recherche, Merci.
Interview réalisée par Philippe Deramecourt,
Directeur Financier et amoureux d'art contemporain.
"D'Art parce qu'une oeuvre éclaire
toujours une partie de nous même, contemporain parce que le
langage utilisé éclaire aussi le contexte de nos réflexions." |