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Robert Morris

Robert MORRIS

Robert Morris joue depuis toujours avec l'idée de dédale. Nombre de ces pièces constituent de puissantes métaphores de la société actuelle, de ses impasses, ses détournements et retournements, ses voies multiples qui toutes aboutissent à une impasse, de cette perte d'orientation qui caractérise nos vies et génère angoisses et peurs. Ces situations à percevoir égrènent différentes échelles.

Celle, immédiate, de l'enfermement, échelle qui contredit le besoin naturel de notre corps à sentir l'espace, librement se déployer alentour. Notre esprit recherche toujours des situations où l'espace, le territoire géographique et affectif, se présente comme une totalité cohérente. Le labyrinthe en est justement l'antithèse.

La seconde échelle, plus subtile, est encore plus effrayante. Tout labyrinthe évoque un univers sans fin qui se déploie et se déplie avec ses méandres, ses faux carrefours, ses propositions trompeuses. Cette immensité, ce non représentable, ce non assimilable, contraint chaque homme à entre-apercevoir sa propre finitude, sa triste condition d'animal, incapable d'appréhender une notion abstraite : l'infini.

Comme le déclarait, il y a quelques années, Rosalind Krauss, chacune des œuvres de Robert Morris est une interface entre le monde et le corps. Morris accrédite cette vision de son art : Je crois que ce que je cherche, ce n'est pas une conception particulière de l'espace, mais une véritable reconnaissance de l'espace, de tout cet ensemble de choses dans lesquelles le corps doit s'inscrire.

Les vidéos, avec leur monde, font converger un objet, un corps (le spectateur) et un espace (le labyrinthe). Dans Site (1964) une femme nue est étendue sur un canapé dans la même pose que l'Olympia de Manet. Morris déambule sur scène avec une planche de contre-plaqué blanche qu'il manipule avec une élégance hors du commun.

La performance se fait soudain danse, mouvement entre un homme au travail et un objet qui parfois se refuse, parfois répond à ses moindres sollicitations. Des bruits sourds jaillissent de nulle part, marteau-piqueur, bruits de circulations. Impassible, la femme fixe un point indéterminé. L'homme poursuit sa danse avec le réel. Le temps s'étire dans les arrêts du corps, dans cette suspension de l'objet. Cet espace où deux êtres apparaissent creuse l'installation du labyrinthe. Un territoire est établi. Il expose un espace et un temps étranger à l'installation, point fixe dans la mouvance des couloirs. A nous, spectateurs, de nous y perdre afin d'y trouver la moindre sortie.