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Maria Nordman

Maria NORDMAN

Maria Nordman appartient à une génération d’artistes en Californie que l’on associe depuis les années 60 à un art dit “perceptuel”. À l’instar d’un Robert Irwin, ou d’un Larry Bell voire d’un James Turrell, Maria Nordman a développé une forme d’art conceptuel lié à la phénoménologie de la perception. Influences de la lumière du soleil, de la température, des déplacements dans l’espace, de la portée d’une voix, de la musique, de l’architecture, du théâtre plus récemment, les multiples paramètres que l’artiste organise en partitions pour réaliser sculptures et dessins donnent un aperçu des enjeux d’une telle démarche.

On admettra également le lien très important que cette artiste et sa génération entretiennent avec la nature. Les topiques des grandes œuvres du Land Art ouest américain (Robert Smithson, Christo, Michael Heizer, Walter de Maria…) s’y trouvent convoqués mais de façon peut-être plus humaine. Ainsi, Maria Nordman a réalisé de nombreuses sculptures en plein air sous forme de plantation d’arbres (de Ground Squirrel Park, Californie, 1978,… à De Civitate, Munster, 1997) qui sont autant des dessins géométriques vus du ciel qu’un subtil exercice de jardinage où les questions des espèces choisies, de l’orientation par rapport au soleil et au vent, mais aussi de la nature du sol et de la pluviométrie doivent être prises en compte. Les nombreux projets d’extérieur réalisés par l’artiste à ce jour témoignent d’un intérêt renouvelé pour les comportements humains.

À la recherche d’une sorte d’écologie humaine, Maria Nordman a également développé des projets urbains qui s’appliquent à mettre en valeur les paramètres constitutifs d’une cité. On trouvera, notamment dans le recueil de dessins intitulé De Civitate, une série de diagrammes qui tentent d’appréhender les systèmes d’urbanisation par leurs fondations. Schémas ontologiques, ils mêlent dans la transparence du papier calque, course du soleil, plantations d’arbres, constructions et mouvements des habitants.

Un ouvrage plus ancien, De Sculptura, documente les réalisations de l’artiste dans le champ de la sculpture : mobilier, table, chaise, sont des motifs récurrents autour de la notion d’échange et de conversation chères à l’artiste jusqu’à être souvent le point de départ (et d’arrivée) de l’œuvre. Cette sculpture/architecture fut réalisée à Austin, Texas, en 1980, pour une exposition temporaire. Ce double statut de sculpture et d’habitat trouve un prolongement dans sa mise en exposition selon qu’elle est présentée dehors (montée) ou dedans (démontée). L’espace public accueille ainsi un lieu privatif, limité à quelques personnes, et propice à la conversation.

Dans l’espace blanc de la galerie, la maison est démontée, potentielle, en kit. La nature de l’éventuel débat dans le lieu d’exposition portera peut-être sur l’architecture, au pire le bricolage… alors que l’habitat en plein-air entendra sans doute des secrets. Les dix dernières années, le champ de recherche de Maria Nordman s’est ouvert à la musique. Elle a donné plusieurs concerts à partir de ses dessins-partitions. On en trouve un bel aperçu dans l’album De Musica. Plus récemment encore, l’artiste s’est orientée vers un point de vue scénographique (De Théâtro).