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Robert O'Brien

Robert O'BRIEN

Au premier regard, Pan, 1987, comme d’autres pièces similaires produites la même année (Tilt, Set, Scan) apparaît comme une énigme. Sculpture ou tableau, peut-être élément d’architecture, cet objet hybride, que l’on pourrait situer entre le Specific Object de Donald Judd et l’icône, trouble la perception par la puissance du reflet du plexiglas qui le recouvre. C’est d’abord une surface qui “réfléchit”. Mais le spectateur n’endosse pas ici le rôle de Narcisse admirant sa propre image. Sa silhouette est happée, fuyante. Par le titre polysémique, c’est la personnalité ambiguë du dieu grec Pan qui est convoquée, inventeur de la flûte du même nom, mais surtout dieu dont la laideur mit en fuite sa propre mère au moment de sa naissance.

Derrière le plexiglas, la peinture rouge qui recouvre le pan de bois épais absorbe le reflet de l’espace d’exposition, et l’inscrit comme une figure mouvante et fantomatique dans le cadre de ce qui garde l’apparence d’un tableau. L’œuvre est une représentation de son propre contexte de présentation, mais, à l’effet évident et spectaculaire qui aurait pu être produit par l’utilisation du miroir, Fortuyn / O’Brien préfèrent opacifier et complexifier le dispositif pour inclure le reflet du spectateur dans une hypothétique peinture. Sur la surface rouge sont peintes deux ellipses, l’une blanche, l’autre noire. Ces deux formes semblent elles aussi bouger et traverser le cadre, de part et d’autre, et du fond à la surface. Elles ne remplissent que d’une manière illusoire leur fonction de sujet, mais elles suggèrent un espace fictionnel et imaginaire. Le rapport traditionnel à l’espace d’exposition est inversé, celui-ci devient sujet, un sujet dont la visibilité va se transformer avec le déplacement du regardeur qui, ici plus que jamais, “fait” l’œuvre.

Comme dans l’ensemble du travail de sculpture de Fortuyn / O’Brien, c’est le rapport de l’humain au monde qui est en jeu. Longtemps occupé par les thèmes du jardin-théâtre, comme lieu culturel de représentation de la nature, le couple d’artistes procède ici une nouvelle fois à une redéfinition de la relation entre ces trois acteurs que sont l’œuvre, l’espace et le public.

Brouillant à l’envi les pistes d’interprétation possibles, et mêlant librement les formes et les matériaux minimalistes aux références mythologiques, l’objet, à la fois lieu de disparition et de révélation, échappe aux catégories pour renvoyer, au sens strict comme au sens figuré, le spectateur à une réflexion sur lui-même, tout en l’inscrivant au sein même de l’histoire de la représentation.