MARTIAL RAYSSE

1936 - ...

Courant : Nouveau Réalisme


Après des études littéraires, Martial Raysse réalise dès 1959 ses 1ers assemblages en enfermant dans des boîtes transparentes de petits jouets, des objets de toilette, pour mettre en scène, sans façon, la charge d'émotion et d'intensité visuelle de ces bibelots froids.

En 1960, ses Etalages-Hygiène de la vision d'ustensiles de ménage accrochés autour d'un balai-brosse, ou de produits solaires et de jouets de plage surmontés d'une effigie publicitaire, font entrer dans l'univers de l'art « un monde neuf, aseptisé et pur », celui des supermarchés et des publicités de la société de consommation.

Martial Raysse

Cette réappropriation d'objets de la plus grande banalité le rapproche de la recherche d'Arman, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, avec qui il fonde en 1960 le groupe des Nouveaux Réalistes.

Considéré bientôt comme le jeune créateur français le plus proche du Pop Art américain, Martial Raysse participe de 1961 à 1966 à de nombreuses manifestations artistiques à travers l'Europe et l'Amérique.

Le thème de la baigneuse apparaît dès 1960 dans l'oeuvre de Martial Raysse. Etalage-Hygiène de la vision n°1 installait pour la première fois une photo grandeur nature de jeune fille en maillot de bain, tenant un parasol au sommet d'un présentoir de produits solaires et jouets de plage. De 1962 à 1965, Raysse réutilise fréquemment ce « cliché visuel » où il s'efforce de montrer ce que le « mauvais goût » (ce « rêve d'une beauté trop voulue », dira-t-il) peut receler de magie insoupçonnée et d'émotion.

Opérant par restructuration en plans décalés, par coloration – au vaporisateur et au pinceau – en teintes factices de zones arbitrairement délimitées, par adjonction, enfin, d'objets réels (ici un chapeau de paille et une serviette de bain), Raysse soustrait son motif à l'illusionnisme photographique, à l'espace perspectif, comme au discours représentatif qu'ils impliquent.

Ce nettoyage par le vide des conventions figuratives libère dans l'image des forces latentes : monumentalisée, articulée, déployée dans les trois dimensions (les objets réels l'arriment avec humour à la réalité), la baigneuse de Raysse reçoit une nouvelle vie empruntée et nostalgique, que le titre, référence à Tennessee Williams, accentue encore. Au rythme vif de ses fluorescences acides, elle se fait rayonnement et idéal objet de désir.

Après 1968, Martial Raysse opère une mutation qui l'amène à rompre brusquement avec le circuit des marchands et des galeries et à se retirer dans le Midi. Au sein d'une communauté qu'il crée avec quelques amis, il produit des œuvres à l'aide de techniques artisanales, pour revenir ensuite à la peinture la plus traditionnelle.


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