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"Roman, dans sa démarche instinctive, prouve bien qu’en
peinture aucun système n’a de chances d’aboutir à une véritable
création mais qu’au contraire tous les moyens sont bons à condition
de se présenter d’eux-mêmes, surgissant on ne sait d’où.
Réalité extérieure, univers intérieur, naturalisme ou non-figuration ne
sont que des repères de langage. Tout vocabulaire est utile, à condition
qu’il fonctionne, qu’il soit capté par une syntaxe et participe
à une expression. Qu’il représente un paysage ou qu’il soit informel,
un tableau est intelligible ou il ne l’est pas. Plus que cela, il
doit être saisissant. Sans quoi il n’est guère qu’attrayant et ne
mérite qu’un seul regard.
Le tempérament expressionniste de Roman, catalan d’origine, fait l’essentiel.
Fuyant les règles d’harmonie, comme par phobie de tout équilibre
apparent, c’est dans le déséquilibre et dans l’excès qu’il est lui-même.
Dans le choc, le cri, la déchirure. Dans la cruauté parfois, ou
dans l’exhibition. Ennemi de la répétition, de la symétrie, de la
tranquillité, il refuse l’esthétisme formel et l’exploitation méthodique
du « métier ». Ce n’est que dans la projection, par jets spontanés
et imprévisibles, qu’il est à l’aise pour travailler."
Henri Crocq |