D’origine
nigériane, Yinka Shonibare MBE est né à Londres
en 1962 et y travaille. Sa réflexion commence avec la question
de l'identité lorsque, étudiant, on lui suggère
d'exprimer davantage ses racines dans son travail. Il s'amuse alors
à juxtaposer des images d'objets du British Museum avec des
appareils électroménagers et défie le spectateur
de le situer dans l'un ou l'autre de ces registres.
Au début des années 90, il se sert
du tissu africain pour remplacer la toile. Puis sa démarche
prend toute sa signification lorsqu'il introduit le tissu wax dans
l'univers victorien et en habille la bourgeoisie qu'il représente
par des mannequins sans tête. Dans son installation Victorian
Philanthropists Parlour (1996-1997), présentée à
l’exposition Africa Remix en 2005 au Centre Pompidou, il reprend
un goût typiquement anglais qui consiste à reproduire
à l'identique des intérieurs d'époque. Mobilier
et décoration sont choisis de manière à en
être le parfait reflet. Shonibare tapisse les murs et recouvre
le mobilier de tissu africain, induisant ainsi une atmosphère
de réalité coloniale sur laquelle s'est construite
la bourgeoisie anglaise.
Il évoque la notion d'authenticité,
en rappelant que ce tissu a été manufacturé
en Angleterre au XVIIIe siècle pour le marché ouest-africain
; mais Shonibare invalide cette référence historique,
par le textile, en ajoutant dans les motifs des images de joueurs
de football…
Ayant reçu récemment une haute distinction
britannique « Member of the Bristish Empire », il a
adjoint le sigle MBE à son nom. Encore une manière
de souligner les paradoxes de l’Histoire. |