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Günter Umberg

Günter UMBERG

Günter Umberg commence à exposer au début des années 70. Vers 1973-1974, il huile des papiers qui, perforés de façon aléatoire, sont juxtaposés au mur sur plusieurs rangées. En 1977, il présente une série de panneaux verticaux recouverts de plusieurs couches d’une substance d’un gris anthracite, mélange de médium et de pigments que l’artiste a préparé lui-même. Les panneaux sont épais, recouverts totalement y compris sur la tranche et placés à une légère distance du mur.

Günter Umberg abandonnera ce type de présentation en série, et individualisera ses peintures. Celles qu’il réalisera sur des feuilles d’aluminium, dans les années quatre-vingt, seront ainsi systématiquement de faux rectangles ou de faux carrés, dont les bords ne sont pas exactement parallèles. Il adopte de plus, dès 1977, le noir qui va devenir une sorte de signature. Les panneaux apparaissent au mur avec une matité absolue, comme une sorte de trou noir. Par leur isolement et leur format, ils concentrent l’attention sur le point qu’ils forment dans le champ visuel du spectateur, comme en témoigneront les catalogues de l’artiste qui documenteront le plus souvent des “accrochages”. Certains des monochromes réalisés en 1999 et 2000 – noirs, mais aussi orange-titane, ou vert – cadmium – ont des formats de type “marine” ; peints sur d’épais panneaux non biseautés, leur tranche est laissée brute. Günter Umberg possède un rare regard de connaisseur ; il n’a pas son pareil pour apprécier et défendre une certaine forme de peinture.

De 1982 à 1988, le rez-de-chaussée de son atelier à Cologne est transformé en Raum für Malerei, où sont organisées vingt-sept expositions personnelles d’artistes abstraits, parmi lesquels se trouvent ceux qu’on côtoie, en 1984 à l’exposition Radical Painting (Williamstown), comme Marcia Hafif, Olivier Mosset ou Joseph Marioni, mais aussi des figures historiques comme Josef Albers ou Robert Ryman. Son intérêt pour la peinture se traduit par la forme même qu’il donne à certaines de ses expositions personnelles (Mouans-Sartoux, 1996, Cologne, 2000), celle de la confrontation de ses œuvres avec celles d’autres artistes. Günter Umberg vit et travaille à Cologne et aussi, depuis 1998, à Corberon, en Saône-et-Loire.

L’œuvre du Frac de Bourgogne, est une grande peinture verticale réalisée selon la technique propre à l’artiste, c’est-à-dire en ayant été recouverte de plusieurs couches de pigment noir fixé par une résine naturelle (dont le nom commercial est le Dammar). Par son format, vertical, plutôt allongé, comme par sa dimension proche de la taille humaine, cette peinture, semblable à une psyché, se présente comme un analogon de la personne humaine. Miroir éteint, qui ne réfléchit absolument rien, elle ne renvoie que l’image de la nuit profonde et de sa mutité. Elle construit par avance une relation avec son spectateur idéal qui n’est pas celle de la soumission qu’un objet a pour un sujet, mais une sorte de face à face, qui dénie de façon paradoxale toute identification possible. Par le truchement de ses côtés en biseaux, le “corps de la peinture” avance vers le spectateur comme l’on s’avance pour un dialogue.

Günter Umberg a indiqué ce type de relation idéale, par sa façon de disposer ses tableaux isolés au milieu d’un mur, face à d’autres éventuellement, mais aussi par la constante référence faite à l’icône traditionnelle qui, comme l’on sait, est censée nous regarder. Par leur lente élaboration et leur fragilité extrême, ces tableaux partagent aussi avec l’icône sa préciosité. Le statut d’une telle peinture ne cesse d’être ambigu. Pour une part, elle engendre un espace sans distance, impossible à appréhender, un lieu sans fond incommensurable qui doit, à n’en pas douter, être rapporté à la catégorie romantique du sublime (c’est, si l’on veut, son côté Yves Klein). Mais d’autre part, elle suppose aussi un spectateur mobile qui, quittant le point fixe de la fascination subie, saisit de biais la matérialité d’un objet bien tangible, avançant en direction de ce point où il se tenait. Elle nous prend ainsi en définitive dans un double bind, en nous mettant dans l’impossibilité de statuer sur son être-là.