« J'ai été exilé dans le Périgord,
à Soursac pendant la 2ème guerre mondiale avec ma
grand-mère Frédérique née en 1888
à Strasbourg-Neudorf, mon grand-père Emile, ébéniste
et ma mère Frieda. De retour à Neudorfen 1941, nous
nous sommes réfugiés à Gougenheim où
j'ai fréquenté l'école en 1943. Deux ans
plus tard, en 1945, retour à Neudorf. C'est la fin de la
guerre et j'entends parler français pour la première
fois. A cette époque aussi, je découvre les bananes,
le chewing-gum ainsi que le transistor (américain).
En 1947, j'ai fait la connaissance de ZORRO, EROL FLYNN et JOHN
WAYNE au Cinéma Scala et Polygone à Strasbourg-Neudorf.
J'ai commencé à rêver et je suis renvoyé
de l'école municipale, rue du Lazaret. Nul, à 10
ans, je suis arrivé au Collège de Matzenheim. C'est
dans le journal SPlROU que je lisais, dans les Histoires de l'oncle
Paul, La vie d'Heinerich Schliemann, l'homme qui a découvert
Troie. Toute ma vie il me fascinera. Un an plus tard, je suis
tombé gravement malade et j'ai été obligé
de rentrer à Neudorf, rue du Zellenberg. Alité pendant
18 mois, j'ai eu le temps de lire Miracle. Le destin n'a pas voulu
que je meure. J'ai commencé à rêver de pêche,
de palmiers et de voyages.
A 14 ans, je suis rentré en apprentissage chez mon père
comme sculpteur sur bois. A 15 ans, grâce à Louis
Fritsch, professeur, je suis rentré aux Arts Déco
à Strasbourg. Là, ma vie bascule. C'est une autre
galaxie. Au bout de quatre ans, j'obtiens mon premier diplôme
ainsi que le Grand prix de la Ville de Strasbourg. J'ai passé
le concours de l'Ecole nationale supérieure des Arts Déco
à Paris, que j'ai fréquenté pendant deux
ans, et j'obtiens ainsi mon deuxième diplôme.En 1959,
sursitaire, je suis parti au 2ème Génie à
Metz. J'ai demandé le service Information et Photo. Au
bout de 9 mois, j'ai demandé le service Photographie de
l'armée et je suis parti comme photographe au 12ème
Génie en Algérie. J'y suis resté 18 mois
et c'était la guerre! (maintien de l'ordre)
Début 1962, j'ai repris le travail chez mon père,
comme décorateur dans son ébénisterie de
Neudorf. C'est vers les années 1970 que j'ai commencé
à « tâter » la création plastique.
En 1973, j'ai trouvé un manuscrit de 1890 qui appartenait
à une apprentie couturière, LYDYA JACOB, née
à Neudorf. J'ai commencé à raconter sa vie,
elle est devenue mon associée. Ma vie bascule et Lydia
devient une star. Je fais ma première exposition en 1973/74.
En 1978, je suis sélectionné à la Biennale
de Venise, une dizaine d'années après Hans Arp.
Au Pavillon français (commissaire J.J. Leveque), j'expose
un environnement « L'Homme de Frédehof, 2720 après
J .C. », que je dédie à Lydia Jacob.
Les expositions et les voyages commencent.
« J’ai connu ici Ava Gardner, Greta Garbo et surtout
Johnny Weissmuller, l’inoubliable Tarzan… »
La scène se passe devant le Scala, sur la façade
rutilante duquel se détachent, en noir, les curieux «
crocodiles volants » de Raymond Waydelich. Et c’est
l’artiste qui parle avec sa fougue habituelle. Les éléphants
sont parmi les premiers à avoir nourri son bestiaire fantastique.
C’est aux cinémas Scala et Pelyges qu’il les
a rencontrés, « Avec mes copains, on passait d’une
séance à l’autre dans ces deux cinémas.»
Et il ajoute « II fallait voir ce dernier ! C’était
un minuscule cinéma aujourd’hui disparu, mais qu’est-ce
que j’ai pu y rêver de ces grandes stars.
Il affirme, très sérieux : « D’ailleurs
je les ai un jour invitées à un repas à Illhaeusern
avec la veuve de Marcel Duchamp, mais elles ne sont pas venues…
»
Parmi les personnages imaginaires qui le hantent figure Lydia
Jacob - cette jeune fille inconnue dont il avait retrouvé
les carnets intimes au marché aux puces et qu’il
a fait revivre depuis dans ses oeuvres, au point de l’appeler
« son associée » : « Tous les indices
prouvent qu’elle est Neudorfoise », explique-t-il.
Une de ses oeuvres préférées, une ravissante
maisonnette en bronze, intitulée Hommage de Lydia Jacob
aux jardins familiaux est directement inspirée par le lopin
de terre que son oncle entretenait à proximité du
Kurgarten. Sous la maisonnette se trouvent enterrés divers
objets de jardinage « à l’attention des archéologues
du futur », comme il l’a fait pour d’autres
témoignages de notre époque, amassés sous
une dalle place de la cathédrale à Strasbourg ou
à Kassel en Allemagne.
Commandée et installée par le Centre européen
d’actions contemporaines (Ceeac) au milieu d’autres
jardinets bien réels, elle se trouve rue de la Fourmi,
à la Robertsau. Rien d’étonnant pour ce «
New Dorfois », seul Alsacien avec Hans Arp à avoir
été sélectionné par la biennale de
Venise et habitué à la destinée transfrontalière
de ses œuvres de New York à… Strasbourg !
Source CRID'ART d'Amnéville