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Gil Joseph Wolman

Gil Joseph WOLMAN

Gil Joseph Wolman est une des figures majeures des avant-gardes qui ont connu leur développement dans la capitale française après la Seconde Guerre mondiale. Poète lettriste en 1949, sa théorie des « mégapneumies » (1951) prolonge la théorie lettriste d’Isidore Isou en portant atteinte à la lettre elle-même, en dissociant la consonne de la voyelle qu’elle porte, pour libérer le souffle.

En 1951 toujours, Wolman réalise un film, L’anticoncept, qui prend acte de la destruction de l’image par le cinéma lettriste et réduit le film « à l’utilisation de sa quintessence : le mouvement ». Dans L’anticoncept, il créé un mouvement primaire qui couvre totalement l’écran, constitué par un ballon sonde, où alterne le noir au blanc ; la bande sonore est un long poème non-narratif entrecoupé de mégapneumies, nouvelle poésie du souffle. Ayant fait scission d’avec le Lettrisme d’Isidore Isou en 1952, Gil Joseph Wolman fonde alors l’Internationale lettriste avec Guy Debord : outre un Relevé d’ambiances urbaines au moyen de la dérive, il rédige avec lui en 1956 le Mode d’emploi du détournement qui fait suite à ses travaux de découpage de textes préexistants pour composer ses propres œuvres (J’écris propre, 1956).

Exclu de l’Internationale lettriste en 1957, Gil Joseph Wolman entreprend en 1959 un nouveau travail plus résolument pictural, incluant des matières plastiques, des cirages, des papiers mâchés dans lesquels il inscrit des écritures et des graffitis.

Avec l’Art scotch commence, en 1964, la période la plus prolifique du travail de Gil Joseph Wolman : il s’agit pour l’artiste d’utiliser des bandes adhésives pour arracher dans les journaux et les revues des fragments de textes et d’images qui restent inscrits dans la colle : celle-ci est alors reportée sur divers supports (planches de bois, toiles) en lignes superposées qui posent autant la question de la constitution du tableau dans sa relation au monde que la « dissolution et la constitution du mouvement » (titre de l’exposition Wolman à la galerie Valérie Schmidt en 1968).

De grands tableaux (les plus grands jamais réalisés par Gil Joseph Wolman dans sa période Art scotch) apparaissaient alors comme une alternative aux affichistes, avec une dimension de critique sociale plus forte. Uniquement constituée de textes, l’œuvre laisse difficilement lire les événements auxquels elle fait référence : la densité du scotch intervient comme l’équivalent de la matière picturale et le procédé extrêmement rigoureux de l’application du médium (par bandes régulières posées horizontalement) fait écho à la répétition des informations dans une stratification temporelle indéfinie. L’œuvre en diptyque (157 x 114 cm) est une pièce qui semble vouloir évoquer par son dispositif même (les deux châssis sont fixés l’un à l’autre par des charnières) le livre auquel a été emprunté le texte recollé : il s’agit d’une édition du Capital de Karl Marx dont la préface a été régulièrement reportée sur la toile. Le principe du détournement reste donc important dans l’Art scotch, mais il faut noter qu’il n’est jamais simple : dans cette œuvre, il s’agit moins de détourner le texte que, semble-t-il, les fonctions mêmes du livre et du tableau, confondus en un seul objet problématique.

En 1977, Gil Wolman réalise Quelques jours en août 1976, édition de quarante-huit affiches sur lesquelles sont évoqués au futur des événements tragiques survenus durant l’été de l’année précédente ; les affiches de chaque exemplaire de cette édition doivent être déchirées en deux puis restaurées sur un carton. Les affiches conservent alors la trace d’une destruction par laquelle a pu se faire leur inscription dans un temps qui renvoie aussi à la conscience “prévisible” du spectateur. Le principe même de l’information se trouve également interrogé. La séparation devient un des thèmes majeurs des dernières recherches de Joseph Wolman (Duhring, Duhring, 1979) qui, par leur relation insistante avec les conditions sociales et existentielles de l’art, s’inscrivent incontestablement parmi les plus exigeantes de l’après-guerre français.