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"Je
m'intéresse à la vie de tous les jours. Tous les matériaux
qui m'entourent peuvent être utilisés, aussi bien que
les objets, les sujets impliqués dans la société
contemporaine. Mon travail parle de l'être humain dans toutes
ses dimensions : physique, spirituelle, psychologique et politique",
écrit l'artiste.
Erwin
Wurm est le fils spirituel et matériel des extravagances
Dada, de Fluxus et de Joseph Beuys. Quoiqu'il fasse, il se réclame
toujours de la sculpture et de ses principes fondamentaux : vide,
volume, poids, équilibre... Sculptant la masse des idées
reçues et des normes en cours, aussi bien que les objets
de consommation courante, les corps humains, ou encore le temps
et ses formes éphémères.
Ses
toutes 1ères oeuvres sont à peine visibles : des traces
de poussières dans les rues des grandes villes, des sculptures
de vêtements sans présence humaine, et plus tard des
mises en scènes filmées ou photographiées où
des individus ont maille à partir avec leurs vêtements.
Dans la vidéo 13 pull-overs, un acteur enfile des
pulls jusqu'à la limite de l'étouffement. Wurm crée
de la tension, des postures quasi chorégraphiques, des équilibres
et des déséquilibres, de l'absurde et de l'étrangeté.
Plus
connues, mais tout aussi ténues, sont ses One Minute
Sculptures. Le corps de l'artiste lui-même ou celui de
volontaires deviennent ici les matériaux de sculptures humoristiques
et éphémères : une femme haut perchée
sur un balais, une autre écrasée par une valise, un
homme en équilibre précaire sur deux ballons, un banquier
avec des asperges dans les narines, une jeune fille émergeant
d'un sac de voyage... Autant d'attitudes sculpturales absurdes qui
provoquent de petits dérapages et narguent l'esprit de sérieux.
Jouant
avec le ténu et la fragilité, Erwin Wurm peut tout
aussi bien s'amuser avec "l'énaurme", le gonflement
du réel, sa distorsion et sa caricature dans des figures
grotesques (cf. L'Homme qui a avalé le monde). Lecteur
boulimique de philosophie et de sciences humaines ou dures, Erwin
Wurm interroge les fondements du savoir et la relativité
de la connaissance. Parmi ses oeuvres les plus connues, la Fat
Car et la Fat House, objets hybrides entre technologie
et biologie, représentent deux idéaux ordinaires de
nos sociétés outrés ici jusqu'à la bouffonnerie
symbole de surconsommation et de trop plein de richesses.
Par
le vide ou le trop plein, mais toujours avec beaucoup d'humour,
Erwim Wurm s'inquiète et inquiète le réel,
le trouble et le tord, élabore ses oeuvres comme autant de
symptômes des angoisses ou des malaises d'aujourd'hui, des
petits tracas de la ménagère jusqu'aux grandes questions
politiques et philosophiques contemporaines.
Source
: article paru dans le journal Le Petit Bulletin |