Carré d'Art Nimes Norman Foster

CARRE D'ART, Nîmes

Lorsque l'on pense à une exposition Norman Foster, il vient tout d'abord à l'esprit une exposition de ses projets architecturaux sous forme de maquettes et de dessins ou à une mise en perspective des rapports de l'art et de l'architecture. En fait, l'axe de l'exposition Moving. Norman Foster on Art est tout autre et propose sur les deux étages de Carré d’Art-Musée d’art contemporain une présentation d'un ensemble d'œuvres d'artistes que Norman Foster apprécie, côtoie et collectionne. Architecte, il est également un grand collectionneur qui porte aussi bien un regard sur les grandes figures de l'Art Moderne que sur les artistes émergents et le design. Pour Nîmes, il a pris exceptionnellement le rôle de commissaire d’exposition.

L'exposition est le passage de l'espace privé à l'espace muséal, bien que paradoxalement en qualité d’architecte de Carré d'Art, construit il y a 20 ans, il en connaisse parfaitement les espaces pour se sentir chez lui. Tout au long de la conception de l’exposition, il a été nécessaire de faire des choix, parfois difficiles, malgré l'utilisation des deux étages du musée. L'exposition investit totalement Carré d'art avec la présence dans le hall et l'escalier central d'installations de Nuno Ramos, Olafur Eliasson et Bill Fontana conçues spécifiquement pour le lieu. Qu'elles soient sculpturales ou sonores, elles dialoguent avec l'architecture mais aussi l'histoire du lieu.

Formes uniques de continuité dans l'espace d'Umberto Boccioni est une œuvre particulièrement paradigmatique. Cette sculpture, œuvre majeure de la Modernité, dessine plusieurs perspectives révélant les lignes de fuite, visibles ou invisibles, de l'exposition. La passion pour le mouvement et la vitesse des Futuristes est partagée par Norman Foster, d’où MOVING le titre de l'exposition, mais aussi visible dans son intérêt pour les formes du design et plus particulièrement celles des automobiles ou des avions.

Les formes de l'abstraction sont très représentées dans l'exposition mais ne doivent pas occulter la présence de la figure humaine aussi bien chez Giacometti, Josephsohn ou des artistes plus contemporains.

Quelques œuvres choisies de la collection de Carré d’Art sont mêlées à l’accrochage de Norman Foster, avec la présentation notamment de l’ensemble des œuvres de Gerhard Richter ou Le Voyage d’Hiver de Juan Munoz.

Certains artistes ouvrent d'autres perspectives dans l’exposition comme l'artiste argentin Miguel Ángel Ríos qui dans la vidéo Love met en scène deux toupies, l'une noire et l'autre blanche, symbolisant le positif et le négatif.

Untitled (Wooden Ball) d'Ai Weiwei reprend une forme géométrique – un polyèdre – de Léonard de Vinci publié dans le livre de Lucas Pacioli au début du 16ème siècle Elle est aussi une référence à une technique artisanale ancienne. Cette forme simple, reprise par Ai Weiwei, que l'on retrouve à travers les siècles dans de nombreuses cultures à travers le monde est à la fois une forme abstraite, mathématique et un objet spirituel et contemplatif.

Mouvement, vitesse, masse, fluidité, abstraction, figuration, espace, immanence, transcendance, gravité, légèreté, matérialité, spiritualité sont quelques clés pour trouver le fil d’Ariane de l'exposition. Les choix de Norman Foster se sont portés sur des œuvres qui définissent un espace poétique, résistent parfois à l’interprétation, mais existent essentiellement dans un rapport au monde.

Cette exposition permet d’entrer dans la pensée d’un des plus grands architectes contemporains qui se nourrit des propositions artistiques de l’Art Moderne mais aussi de la création la plus émergente.