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"La clarté ne naît pas de ce
qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur".
Carl Gustav Jung
Orientés depuis l'ouverture de son lieu,
en mai 2004, autour des questions de perception et d'approches alternatives
de la création contemporaine, les projets du Frac Lorraine
donnent à expérimenter les espaces et troublent les
sens. Après les labyrinthes de carton (Hans Schabus, projet
White Spirit), la peinture placebo aux extraits de gingembre et
de fleur d'oranger (Jean-Gilles Décosterd et Philippe Rahm),
le souffle de la terre (Lorella Abenavoli), et les murs qui se déplacent
(Jeppe Hein, exposition Wall to be destroyed), le Frac
Lorraine porposera aux visiteurs d'explorer un univers artistique,
plongés dans la pénombre...
Incarnation de la modernité, d'une certaine
vision positiviste du monde, la "fée électricité"
dispense sa lumière rassurante, souligne les contours d'un
univers connu, exploré, en apparence dépourvu du trouble
de l'équivoque et de l'ambiguïté. Magie de la
lumière sublimée, théâtralisée
par les artistes qui savent aussi se jouer des évidences
de cette clarté souveraine, de ses paradoxes et nuances.
ON/OFF s'engouffre dans le paradoxe, joue
l'alternative. L'exposition explore la part sombre, celle du monde
des ombres et de l'inconscient; de la peur enfantine du noir qui
ressurgit parfois dans les nuits d'insomnie à l'espace du
doute; du désir et des fantasmes qui s'immiscent dans l'obscurité
et l'espace du deviné, à l'indétermination
des silhouettes énigmatiques et fantomatiques, des présences
évidées des choses. Alternative également dans
la référence à un Orient lointain : l'ombre,
dans la tradition asiatique, est la quintessence du raffinement.
Elle souligne le diaphane des peaux et l'épure des intérieurs,
ménage le mystère, sublime le réel et magnifie
le détail. La pénombre et l'obscurité métamorphosent
notre regard. Alors, soyons attentifs! Installations sonores, apparitions fugaces et fulgurantes
de pièces luminences et oeuvres réagissant à
la présence du visiteur ponctueront le parcours de leur "obscure
clarté". Un moment magique entre méditation,
imaginaire et trouble dans l'univers des songes, de l'absence et
de "ce calme un inquiétant que secrète l'ombre"
(Junichiro Tanizaki, Eloge de l'ombre, 1933). |