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La galerie Jérôme de Noirmont expose
les œuvres réalisées ces deux dernières
années par Pierre et Gilles. Les deux photographes, créateurs
d’icônes, nous proposent un monde parfait.
Dans la préface de son Dictionnaire des
idées reçues, Gustave Flaubert nous annonce une nomenclature
des objets mentaux qui encombrent son époque ; tous sont
livrés en vrac, les propositions sont indécidables
et seuls l’humour et la cruauté du regard de l’auteur
peuvent nous faire imaginer qu’il n’est pas dupe de
tout ce bric-à-brac sans structure apparente. Bien avant
Marcel Duchamp, pour qui c’est le regardeur qui fait le tableau,
c’est ici le lecteur qui fait le livre. Un inventaire tout
aussi «indécidable» et décousu de notre
époque est rassemblé dans la série d’œuvres
créées par Pierre et Gilles ces deux dernières
années. Les amateurs y retrouveront les thèmes récurrents
et obsessionnels qu’ils connaissent bien, mais c’est
surtout la manière de voir les images et de les mettre à
nouveau en scène qui, une fois de plus, caractérise
cette série.
Pas de thème programmatique continu mais
un style. Toutes les sources pourraient être convoquées,
la basse comme la haute culture, l’absence de culture pouvant
aussi faire l’affaire. Souvent ces œuvres sont des «images
d’images», des émotions autour du souvenir d’une
image, mentale, peinte ou imprimée, peu importe… Seules
son invocation et sa réapparition dans le «rituel Pierre
et Gilles» en constituent le propos. Pas de sous-entendus,
pas de message, ce principe pouvant s’appliquer à n’importe
quelle image.
Ce rituel se forme au hasard des rencontres. Il
commence par un rêve scénarisé autour d’un
visage ou d’une idée reçue. Arrivent des esquisses,
un vague dessin, puis le songe se matérialise avec la construction
des décors et la recherche de personnages. En cours de route
un événement survient qui dirige le projet dans une
autre direction ; ce fruit du hasard vient nourrir l’œuvre.
Un jour enfin une installation précaire est construite dans
la cave/studio, les acteurs viennent y interpréter la pièce
ou l’improvisent, jouant leur propre rôle ou celui d’un
fantasme collectif. Pas d’autre spectateur que l’appareil
photographique. Les photographies sont largement reprises au moment
du tirage et le projet se refonde à nouveau, l’image
sortie de sa gangue argentique numérisée se précise,
la peinture peut alors commencer et apporter de nouvelles surprises.
De multiples versions viennent se fondre sur l’image qui n’émerge
que lentement du néant de la matière inerte.
Une fois l’image réalisée vient
le moment de son encadrement. Après le scénario, la
mise en scène, la photographie et la peinture, c’est
le volume et l’architecture du cadre qui vont finaliser l’œuvre.
Le cadre fait partie de l’œuvre. C’est un art fusionnel
qui intègre de nombreuses pratiques complémentaires.
Chez Pierre et Gilles tout est ritualisé et pourrait paraître
immuable. Mais au final, ce qui doit prévaloir c’est
le caractère d’image peinte, qui ne peut déboucher
que sur de l’«indécidable».
Source : Dossier de Presse de la Galerie Jérôme
de Noirmont |