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Entretien avec Guillaume Houzé
Propos recueillis par Patrice Joly, rédacteur en chef de la revue 02
Source : dossier de presse d' Antidote 2007

     
  A l'occasion d'Antidote, à la Galerie des Galeries, au 1er étage du magasin principal des Galeries Lafayette.
Du 13 septembre au 3 novembre 2007
     
 

Nous voilà déjà à la «saison 3» d'Antidote, signe que la volonté affichée dès la première version n'a pas fléchie, mais au contraire s'affirme d'année en année. Quelles seront les modifications majeures apportées à cette 3ème édition ?

Guillaume Houzé : Antidote est chaque année une exposition nouvelle. On retrouve cependant les principes que nous avons mis en place dans les deux premières éditions, en particulier la confrontation entre artistes confirmés et artistes plus jeunes. Il est important pour moi d'exposer par exemple une oeuvre de Tatiana Trouvé, dont j'admire le travail depuis plusieurs années déjà, et de faire découvrir Marlène Mocquet qui rejoint cette année Antidote pour la première fois.

Antidote (03) connaît cependant une nouveauté cette année, puisqu'elle va inaugurer la nouvelle architecture de la Galerie des Galeries. Nous avons en effet organisé un concours et demandé à cinq architectes de repenser l'espace de la galerie. C'est le projet de Pascal Grasso qui nous a convaincu : il va permettre à ce lieu de mieux affirmer sa vocation.

Laocoon, Etienne Bossut, 2005
Résine, gel-coat translucide/180x200 cm
Collection Ginette Moulin / Guillaume Houzé, Paris

Courtesy Galerie Chez Valentin, Paris

     
 

Concernant le choix des artistes justement, on constate la présence d'éléments récurrents au fil des sélections, Tatiana Trouvé, Pierre Ardouvin, Michel Blazy, etc. Un peu comme si tu obéissais plus à une logique d'affinité, de goût, qu'à une logique de "répartition". On constate aussi la présence très forte de Mathieu Mercier, qui pour toi s'avère une personnalité incontournable du paysage artistique français. Comment s'opère ta sélection? Qu'est ce qui prédomine, le plaisir ou le sentiment que certains artistes ont une dimension plus emblématique, plus fédératrice?

G.H : Antidote, c'est d'abord une collection, puis une exposition. Collectionner est une affaire de sensibilité, d'intuition et de passion. Pour constituer cette collection, que je développe avec l'attention et le soutien généreux de ma grand-mère Ginette Moulin, je suis en permanence sur le terrain, dans les expositions, les ateliers et je rencontre très régulièrement les galeristes afin de découvrir le travail de nouveaux artistes, mais je reste bien sûr également très attentif à l'évolution des artistes déjà présents dans notre collection. Il est en effet très important pour moi d'acquérir des ensembles d'oeuvres qui illustrent le parcours d'un artiste. Mathieu Mercier est aujourd'hui au coeur de notre collection. Élément central d'une génération, il amène un regard fascinant sur les conditions de réception et de perception de sa propre production artistique.

La persévérance et la passion décident de la cohérence finale d'une collection : dans Antidote (03) on retrouvera ainsi des oeuvres de Didier Marcel ou encore de Michel Blazy, présents dans les deux premières éditions. Aujourd'hui, plusieurs artistes d'Antidote commencent à avoir une véritable reconnaissance tant en France qu'à l'étranger. Je me réjouis que parmi les quatre artistes pré-sélectionnés pour le prix Marcel Duchamp 2007, trois d'entre eux (Pierre Ardouvin, Richard Fauguet et Tatiana Trouvé) aient fait partie d'Antidote (01) et (02). Pierre Ardouvin et Tatiana Trouvé seront au moment même de l'annonce du prix 2007 présents dans Antidote (03). Mathieu Mercier aura, pour sa part, une exposition personnelle à l'ARC, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, en octobre prochain. Le groupe Galeries Lafayette sera le principal partenaire privé de cette exposition. Tout ceci m'enchante. Néanmoins, le plus important pour moi est, comme tu le dis, d'éprouver du plaisir. Mes choix ne sont pas déterminés par le marché ou la cote des artistes: c'est avant tout une passion qui m'anime, que je souhaite partager avec Antidote. Antidote provoque la rencontre entre le travail d'artistes, porteurs d'un univers radicalement contemporain, et un public peu averti mais susceptible d'être surpris. L'enjeu est de donner l'occasion à ces visiteurs de découvrir des oeuvres dans le cadre inhabituel d'un grand magasin.

 

Reconstruire un espace de galerie à la place de l'ancien lieu, cela représente une décision généreuse, mais cela montre aussi que tu mises fortement sur la présence de l'art contemporain, et sur la pérennité de cette présence, au milieu d'un temple dédié à la mode et plus largement à la consommation pure. Comment as-tu orienté le cahier des charges de l'architecte? Le nouvel espace sera-t-il en prise directe avec les Galeries Lafayette ou bien sera-t-il clairement séparé des espaces de vente?

G.H : Les Galeries Lafayette sont une entreprise résolument moderne: elles ont toujours été conscientes du dialogue qu'entretient aujourd'hui la mode avec l'art. Il est indispensable pour une institution comme la notre de se préoccuper de son environnement, de ses contemporains, des artistes. L'une des missions des grands magasins est, à mon sens, non seulement de vendre, mais de proposer au public diverses façons d'appréhender la société. On ne va plus seulement dans les grands magasins pour y acheter, mais désormais aussi pour y sentir l'air du temps ou parfois simplement s'y divertir. Il est de notre devoir de proposer des regards neufs et différents à un public qui se réjouit de repartir des Galeries Lafayette plus averti sur la création d'aujourd'hui. C'est pourquoi, les Galeries Lafayette ont dès 2001 inauguré la Galerie des Galeries, espace non marchand de 300 m2 dédié à la création contemporaine. L'idée de la galerie est de passer en quelques pas de la mode à l'art. Nous poursuivons cette conquête cette année en confiant à Pascal Grasso la mission de repenser l'espace dans un esprit totalement contemporain. Les principaux points du cahier des charges ont été la valorisation des oeuvres à travers l'utilisation de nouveaux matériaux et de nouveaux systèmes d'éclairage pour le lieu et la transformation d'une partie de celui-ci en lieu de vie (librairie, accueil). Dans le cadre du réaménagement de la Galerie des Galeries, les Galeries Lafayette souhaitent affirmer leur différenciation en instaurant un lieu unique autant du point de vue de son architecture que dans sa vocation : accueillir des expositions sur la création contemporaine dans les disciplines qui ont toujours influencé les Galeries Lafayette: la mode, le design et les arts plastiques. La vocation de ce lieu est donc de se mettre sans concession au service de la création.

 

En plus de consacrer de l'espace à la création contemporaine au coeur du vaisseau amiral des Galeries Lafayette, vous avez décidé d'être également partenaire d'événements prestigieux comme la Fiac. Est ce une manière de soutenir de façon plus efficace l'art contemporain hors des murs des Galeries Lafayette, là où il s'y apprécie, ou bien s'agit-il de concilier défense des intérêts des artistes et visibilité d'une action?

G.H : Un peu des deux. Les Galeries Lafayette sont une entreprise très dynamique, en perpétuel mouvement. L'énergie de la FIAC révèle la vitalité de la scène artistique de Paris. Nous avons donc des points communs: faire rayonner la puissance créatrice de la France et pour ce faire, nous sommes très heureux de pouvoir nous associer à la FIAC, chaque année plus innovante. Il s'agit aussi de consacrer, au sein même du Groupe Galeries Lafayette, notre engagement auprès de la création contemporaine : notre présence à la FIAC valorise à la fois les artistes d'Antidote, puisque nous avons choisi de communiquer essentiellement à travers cette manifestation et l'action du groupe. En associant leurs énergies, la FIAC et le groupe Galeries Lafayette s'attachent à mettre en valeur la création française, et par là-même, contribuent à son rayonnement dans le monde.

     
 

Propos recueillis par Patrice Joly, rédacteur en chef de la revue 02.

*Arrière arrière petit-fils de Théophile Bader, fondateur du groupe Galeries Lafayette, Guillaume Houzé a suivi une filière entrepreneuriale, en fondant une jeune société "Air de Je" destinée au monde de l'enfant.

     
  Lien Web : Antidote, à la Galerie des Galeries