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Nous
voilà déjà à la «saison 3»
d'Antidote, signe que la volonté affichée dès
la première version n'a pas fléchie, mais au contraire
s'affirme d'année en année. Quelles seront les modifications
majeures apportées à cette 3ème édition
?
Guillaume
Houzé : Antidote est chaque année une exposition nouvelle.
On retrouve cependant les principes que nous avons mis en place
dans les deux premières éditions, en particulier la
confrontation entre artistes confirmés et artistes plus jeunes.
Il est important pour moi d'exposer par exemple une oeuvre de Tatiana
Trouvé, dont j'admire le travail depuis plusieurs années
déjà, et de faire découvrir Marlène
Mocquet qui rejoint cette année Antidote pour la première
fois.
Antidote
(03) connaît cependant une nouveauté cette année,
puisqu'elle va inaugurer la nouvelle architecture de la Galerie
des Galeries. Nous avons en effet organisé un concours et
demandé à cinq architectes de repenser l'espace de
la galerie. C'est le projet de Pascal Grasso qui nous a convaincu
: il va permettre à ce lieu de mieux affirmer sa vocation.
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Laocoon,
Etienne Bossut, 2005
Résine, gel-coat translucide/180x200 cm
Collection Ginette Moulin / Guillaume Houzé, Paris
Courtesy
Galerie Chez Valentin, Paris
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Concernant
le choix des artistes justement, on constate la présence
d'éléments récurrents au fil des sélections,
Tatiana Trouvé, Pierre Ardouvin, Michel Blazy, etc. Un peu
comme si tu obéissais plus à une logique d'affinité,
de goût, qu'à une logique de "répartition".
On constate aussi la présence très forte de Mathieu
Mercier, qui pour toi s'avère une personnalité incontournable
du paysage artistique français. Comment s'opère ta
sélection? Qu'est ce qui prédomine, le plaisir ou
le sentiment que certains artistes ont une dimension plus emblématique,
plus fédératrice?
G.H
: Antidote, c'est d'abord une collection, puis une exposition. Collectionner
est une affaire de sensibilité, d'intuition et de passion.
Pour constituer cette collection, que je développe avec l'attention
et le soutien généreux de ma grand-mère Ginette
Moulin, je suis en permanence sur le terrain, dans les expositions,
les ateliers et je rencontre très régulièrement
les galeristes afin de découvrir le travail de nouveaux artistes,
mais je reste bien sûr également très attentif
à l'évolution des artistes déjà présents
dans notre collection. Il est en effet très important pour
moi d'acquérir des ensembles d'oeuvres qui illustrent le
parcours d'un artiste. Mathieu Mercier est aujourd'hui au coeur
de notre collection. Élément central d'une génération,
il amène un regard fascinant sur les conditions de réception
et de perception de sa propre production artistique.
La
persévérance et la passion décident de la cohérence
finale d'une collection : dans Antidote (03) on retrouvera ainsi
des oeuvres de Didier Marcel ou encore de Michel Blazy, présents
dans les deux premières éditions. Aujourd'hui, plusieurs
artistes d'Antidote commencent à avoir une véritable
reconnaissance tant en France qu'à l'étranger. Je
me réjouis que parmi les quatre artistes pré-sélectionnés
pour le prix Marcel Duchamp 2007, trois d'entre eux (Pierre Ardouvin,
Richard Fauguet et Tatiana Trouvé) aient fait partie d'Antidote
(01) et (02). Pierre Ardouvin et Tatiana Trouvé seront au
moment même de l'annonce du prix 2007 présents dans
Antidote (03). Mathieu Mercier aura, pour sa part, une exposition
personnelle à l'ARC, Musée d'art moderne de la Ville
de Paris, en octobre prochain. Le groupe Galeries Lafayette sera
le principal partenaire privé de cette exposition. Tout ceci
m'enchante. Néanmoins, le plus important pour moi est, comme
tu le dis, d'éprouver du plaisir. Mes choix ne sont pas déterminés
par le marché ou la cote des artistes: c'est avant tout une
passion qui m'anime, que je souhaite partager avec Antidote. Antidote
provoque la rencontre entre le travail d'artistes, porteurs d'un
univers radicalement contemporain, et un public peu averti mais
susceptible d'être surpris. L'enjeu est de donner l'occasion
à ces visiteurs de découvrir des oeuvres dans le cadre
inhabituel d'un grand magasin.
Reconstruire
un espace de galerie à la place de l'ancien lieu, cela représente
une décision généreuse, mais cela montre aussi
que tu mises fortement sur la présence de l'art contemporain,
et sur la pérennité de cette présence, au milieu
d'un temple dédié à la mode et plus largement
à la consommation pure. Comment as-tu orienté le cahier
des charges de l'architecte? Le nouvel espace sera-t-il en prise
directe avec les Galeries Lafayette ou bien sera-t-il clairement
séparé des espaces de vente?
G.H
: Les Galeries Lafayette sont une entreprise résolument moderne:
elles ont toujours été conscientes du dialogue qu'entretient
aujourd'hui la mode avec l'art. Il est indispensable pour une institution
comme la notre de se préoccuper de son environnement, de
ses contemporains, des artistes. L'une des missions des grands magasins
est, à mon sens, non seulement de vendre, mais de proposer
au public diverses façons d'appréhender la société.
On ne va plus seulement dans les grands magasins pour y acheter,
mais désormais aussi pour y sentir l'air du temps ou parfois
simplement s'y divertir. Il est de notre devoir de proposer des
regards neufs et différents à un public qui se réjouit
de repartir des Galeries Lafayette plus averti sur la création
d'aujourd'hui. C'est pourquoi, les Galeries Lafayette ont dès
2001 inauguré la Galerie des Galeries, espace non marchand
de 300 m2 dédié à la création contemporaine.
L'idée de la galerie est de passer en quelques pas de la
mode à l'art. Nous poursuivons cette conquête cette
année en confiant à Pascal Grasso la mission de repenser
l'espace dans un esprit totalement contemporain. Les principaux
points du cahier des charges ont été la valorisation
des oeuvres à travers l'utilisation de nouveaux matériaux
et de nouveaux systèmes d'éclairage pour le lieu et
la transformation d'une partie de celui-ci en lieu de vie (librairie,
accueil). Dans le cadre du réaménagement de la Galerie
des Galeries, les Galeries Lafayette souhaitent affirmer leur différenciation
en instaurant un lieu unique autant du point de vue de son architecture
que dans sa vocation : accueillir des expositions sur la création
contemporaine dans les disciplines qui ont toujours influencé
les Galeries Lafayette: la mode, le design et les arts plastiques.
La vocation de ce lieu est donc de se mettre sans concession au
service de la création.
En
plus de consacrer de l'espace à la création contemporaine
au coeur du vaisseau amiral des Galeries Lafayette, vous avez décidé
d'être également partenaire d'événements
prestigieux comme la Fiac. Est ce une manière de soutenir
de façon plus efficace l'art contemporain hors des murs des
Galeries Lafayette, là où il s'y apprécie,
ou bien s'agit-il de concilier défense des intérêts
des artistes et visibilité d'une action?
G.H
: Un peu des deux. Les Galeries Lafayette sont une entreprise très
dynamique, en perpétuel mouvement. L'énergie de la
FIAC révèle la vitalité de la scène
artistique de Paris. Nous avons donc des points communs: faire rayonner
la puissance créatrice de la France et pour ce faire, nous
sommes très heureux de pouvoir nous associer à la
FIAC, chaque année plus innovante. Il s'agit aussi de consacrer,
au sein même du Groupe Galeries Lafayette, notre engagement
auprès de la création contemporaine : notre présence
à la FIAC valorise à la fois les artistes d'Antidote,
puisque nous avons choisi de communiquer essentiellement à
travers cette manifestation et l'action du groupe. En associant
leurs énergies, la FIAC et le groupe Galeries Lafayette s'attachent
à mettre en valeur la création française, et
par là-même, contribuent à son rayonnement dans
le monde. |