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Le rendez-vous, qui se déroule
tous les 5 ans depuis 1955, déploie jusqu'au 23 septembre
plus de 500 oeuvres de 113 artistes sur les trois lieux habituels
et aussi dans une serre construite spécialement.
"La Documenta peut être un pas pour encourager les gens,
le grand public, à accepter la force et l'intelligence en
eux", a expliqué le commissaire de l'exposition, Roger
M. Buergel, un Allemand de 44 ans. Il a voulu encourager le beau.
Pour lui, l'approche de l'art ne doit pas être qu'intellectuelle,
mais aussi sensuelle. La ville s'est embellie d'un champ de coquelicots
rouges d'une artiste croate, et, sur une colline du parc du château,
d'un champ de riz du Thaïlandais Sakarin Krue.
Mais le beau doit servir de médiateur à des thèmes
d'ordre politique, comme la mondialisation, les inégalités,
la guerre, la drogue, car la Documenta se veut un forum d'art politique.
Avec l'artiste béninois Romuald Hazoumé, par exemple,
qui expose une grande barque rafistolée, "en signe de
deuil pour toutes les familles d'Afrique qui ne savent pas où
sont les corps de leurs fils partis sur des embarcations illégales
pour l'Europe".
Une autre ligne directrice de cette 12ème
édition est la provocation. Comme celle d'inviter au temple
de l'art contemporain un cuisinier, l'Espagnol Ferran Adria, mondialement
connu pour sa gastro-science Tout aussi surprenante est l'action
de l'artiste chinois Ai Weiwei, dont l'oeuvre consiste à
inviter 1001 Chinois originaires de tous les milieux et de toute
la Chine, à venir à Kassel.
Une interrogation centrale concerne par ailleurs
la modernité. "La question est de savoir ce qui est
perçu comme actuel et non pas la date de réalisation",
estime Buergel. Il a donc introduit de l'art ancien à la
Documenta. Ainsi, une peinture du XIVe siècle d'un artiste
persan où un fleuve peint dans le style chinois traverse
un paysage persan est une illustration très actuelle de la
mondialisation, selon le commissaire.
Les 17.000 m2 d'exposition sont répartis
entre le Fridericianum, la documenta-Halle et la Neue Galerie. Roger
Buergel a fait construire pour sa 12e édition une serre de
9.500 m2, le "pavillon Aue" du cabinet d'architectes français
Lacaton & Vassal. Un clin d'oeil à la première
Documenta de 1955. Elle avait été créée
en annexe d'une exposition de plantes sous serre pour montrer 670
oeuvres d'art bannies par les nazis car considérées
comme "dégénérées".
L'art contemporain était arrivé avec
la deuxième édition, en 1959, avec Chagall, Kokoschka,
Nolde et plus de 380 autres. 1968 avait été marquée
par le montée du Pop-Art et 1972 par l'artiste politique
allemand Joseph Beuys. Le nombre de visiteurs a rapidement augmenté,
atteignant les 600.000 en 1992. La Documenta a été
dirigée pour la première fois par une femme, Catherine
David, en 1997, et par un Africian, le Nigérian Okwui Enwesor,
en 2002. |