Espace Louis Vuitton Altérité

ESPACE LOUIS VUITTON, Paris

Artistes : Kader ATTIA, Leigh BOWERY, Reza HAZARE, Tal MAZLIACH, Pierre MOLINIER, Tomoko SAWADA, Francesca WOODMAN, Gil YEFMAN, Atelier Eric POITEVIN des Beaux-Arts de Paris

Qui suis-je ? Qui est l’Autre, si ce n’est cet être différent qui est aussi une partie de moi ? La question de l’Altérité est universelle. Tant dans la construction de son propre rapport au monde que dans celle de sa propre identité.

C’est à une aventure au plus profond de soi que l’Espace culturel Louis Vuitton invite le visiteur pour sa 22ème exposition. Un voyage immobile en terres inconnues et mouvantes, une exploration de l’identité qui, des rivages de l’intime à la découverte de l’autre, repousse sans fin les limites de la connaissance et de la conscience.

Si les artistes sélectionnés viennent de pays et d’horizons différents, ils sont tous habités par cette existentielle question de l’autre. Pierre Molinier, photographe français né à Agen en 1900 et mort à Bordeaux en 1976, met en scène son propre corps en créant des autoportraits travestis, où s’exprime son culte de l’Androgyne. Auprès de lui, les apparitions flottantes et théâtralisées du corps fragmenté de la photographe Francesca Woodman donnent à voir un “je” qui se dédouble pour mieux se perdre et s’effacer.

La question du corps et de son appréhension est une des problématiques fondamentales de l’identité : Gil Yefman, jeune artiste israélien, déconstruit et transforme la culture populaire en tricotant des oeuvres anthropomorphiques, qui sont autant d’allusions à la notion de genre qu’à une forme de thérapie obsessionnelle. Les costumes de scène de l’artiste perfomer Leigh Bowery constituent des oeuvres d’art conçues par un homme à la recherche constante de ses innombrables identités. Dans ses doubles autoportraits photographiques, Tomoko Sawada se transforme en une multitude de personnages féminins et dénonce, non sans humour, des stéréotypes propres à la société japonaise. Enfin, Tal Mazliach, vivant à l’abri du monde extérieur dans un kibboutz, peint un monde débridé où les visages défigurés rejoignent une sexualité fantasmée.

L’Altérité est non seulement une affaire de genres mais aussi de racines, une interrogation sur les aspects sociaux et politiques de notre monde. Artiste en exil, originaire d’Iran et réfugié en Azerbaïdjian, Reza HAZARE décrit, à travers ses dessins expressionnistes, un monde multiple et schizophrène où les personnages se dédoublent et se déforment. Kader Attia, quant à lui, choisit d’emprunter une voie réparatrice en unissant deux altérités, tentant un difficile compromis entre nature et culture.

Enfin, carte blanche est donnée aux étudiants de l’atelier qu’Eric Poitevin dirige aux Beaux-Arts de Paris. Une contemplation silencieuse de notre monde où photos et vidéos racontent une société standardisée où l’autre se révèle en anonyme.

L’ensemble de ces oeuvres invite chacun à imaginer des pensées et des espaces nouveaux. Une immersion totale dans cet “entre-deux” intime où l’on peut, peut-être, espérer rejoindre l’Autre en soi.