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Première grande exposition monographique
en Europe de Kara Walker, Mon Ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau,
Mon Amour retrace l’itinéraire de cette artiste afro
américaine, des premières silhouettes découpées
(1994) aux films plus récents d’animation (2007).
Travaillant autour de l’histoire de l’esclavage
et de son héritage dans la société américaine
contemporaine, elle rend compte de la discrimination raciale, des
relations entre les Noirs et les Blancs, des esclaves et des maîtres,
de la ségrégation et de ses contradictions. Elle dépeint
la violence entre les hommes, celle des conflits en plein jour mais
aussi celle de l’intimité. Tirant son inspiration de
sources variées – les mélodrames historiques,
les romans populaires, les récits d’esclaves, la physiognomonie-,
elle vient contrebalancer l’histoire d’une Amérique
magnifiée par la littérature et le cinéma.
Ses grandes silhouettes découpées
mettent en scène le Sud d’avant la Guerre de Sécession,
faisant apparaître la richesse d’un monde débridé
où se mêlent fantasmes et pensées, relation
à l’autre et relation à soi, passé, présent
et futur. A l’image de son héroïne préférée,
la « négresse émancipée », âme
libre dans une âme d’esclave, Kara Walker traverse l’histoire
en observatrice joyeuse et inquiétante. Sans manichéisme
ni militantisme offensif, elle pratique un art des questions déstabilisantes,
parfois très controversées au sein de la communauté
noire américaine. Un passionnant travail sur le passé
pleinement contemporain dans ses formes entre installations, films,
collages et wall-paintings.
L’exposition s’ouvre sur Endless Conundrum,
An African Anonymous Adventuress, 2001, – écho à
Endless Column/ La colonne sans fin de Brancusi (1938) – qui
propose une interprétation du « primitivisme »
à travers la modernité.
A l’étage de l’ARC, de grands panoramas représentent
l’esclavage comme une forme de théâtre érotisée
: Gone, an Historical Romance(…)1994 ; The End of Uncle Tom(…),1995
; Excavated from the Black Heart of a Negress, 2002 ; Slavery !
Slavery !(...), 1997.
Ses dessins et collages - notamment Do You Like
Creme in Your Coffee and Chocolate in Your Milk ?, 1997 et Negress
Notes, 1996-97 - empruntent aux caricaturistes du XIXème.
La série The Harper's Pictorial History, 2001-2005 détourne
les pages d’un livre d’histoire sur la guerre de Sécession
(dont le titre devient « Walker’s Pictorial History
»).
Les films d’animations (Testimony, 2004 ; 8 Possible Beginnings,
2005 ; « …the angry surface of some grey and threating
sea », 2007), inspirés des ombres chinoises et du théâtre
de marionnettes, rappellent le cinéma des origines (Griffith).
L’artiste « marionnettiste » manipule elle-même
ses personnages.
Si l’oeuvre de Kara Walker plonge dans l’histoire,
elle est complètement impliquée dans les problématiques
contemporaines : « Dès qu’on commence à
raconter l’histoire du racisme, on revit l’histoire,
on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps
qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que les gens diront
« Hey, tu n’es pas à ta place ici », cela
semblera pertinent de continuer à explorer le terrain du
racisme ». (Kara Walker).
Née en 1969 à Stockton en Californie, Kara Walker
obtient son BFA à l’Université d’Art d’Atlanta
en 1991 et son MFA à l’Ecole de design de Rhode Island
en 1994. Depuis, elle a réalisé plus de 30 installations
et des centaines de dessins et aquarelles et a présenté
plus de 40 expositions personnelles à travers le monde. Elle
a récemment reçu le Deutsche Bank Prize (2004) et
a participé à la 25è Biennale de Sao Paulo
(2002). Elle enseigne à l’Université de Columbia
à New York. |