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Pour sa deuxième
exposition personnelle à la galerie, Shirin Neshat dévoile
ses nouvelles oeuvres, deux vidéos intitulées Munis
et Faezeh et les nouvelles photographies créées
à l’occasion de ces deux projets.
S’inspirant toujours essentiellement de la culture de son
pays natal, Shirin Neshat s’intéresse depuis quelques
années à une approche plus universelle des notions
de société, d’identité, d’asile,
de refuge, d’utopie… Dans une démarche plus cinématographique
qu’à ses débuts, elle utilise la puissance des
images pour porter à leur paroxysme les dialectiques actuelles
homme/femme, est/ouest, dominant/dominé, tout en y introduisant
le doute. L’imagerie tranchée de ses premiers films
a fait place à une approche plus narrative, avec des caractères
plus nuancés.
Depuis 2003, le travail de Shirin
Neshat s’inspire du roman Women without men de l’iranienne
Shahrnush Parsipur, écrit dans un style de réalisme
magique, qui entrecroise les vies de 5 femmes iraniennes à
Téhéran durant l’été 1953, où
un coup d’état lancé par la CIA réinstalla
la famille du Shah au pouvoir en Iran. Le livre, qui valut à
son auteur emprisonnement et exil, met en parallèle 5 femmes
qui recherchent la liberté pour échapper au joug oppressif
de leur vie, dans un pays en crise. Shirin Neshat nous livre son
interprétation du roman au travers de 5 vidéos relatant
les vies de ces 5 femmes. La première vidéo, Mahdokht,
créée en 2003, évoquait une femme en prise
avec les tabous sexuels. Zarin, créée en
2005, traitait de la dépression émotionnelle et psychologique
d’une jeune prostituée.
Les deux nouvelles vidéos
présentées en ce début 2008, introduisent les
personnages de Munis et de Faezeh. Elles sont
projetées sur un écran unique, en format Cinemascope,
d’une dimension suffisamment grande pour voir les personnages
en taille réelle, en couleur, dans une salle spécifiquement
aménagée à l’intérieur de la galerie,
l’artiste insistant sur une interaction viscérale et
émotionnelle entre le spectateur et ses personnages. |

©
Shirin Neshat
Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
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Munis
est une femme d’une trentaine d’années, dont
la passion pour l’activisme social et politique se heurte
à l’oppression de son frère. En voulant échapper
à celui-ci, elle assiste à l’assassinat d’un
activiste par les gardes, elle se jette alors du toit et se retrouve
allongée, morte, aux côtés de l’activiste.
La mort lui offre l’occasion inespérée d’une
discussion avec l’activiste. Elle découvre alors que
la « réalité » dans sa proximité
est à la fois prometteuse et décevante.
Faezeh
est une jeune femme religieuse, dont les rêves de mariage
et de famille ont été anéantis par un viol.
Emmenée par son amie Munis dans un verger à la campagne
pour y trouver refuge temporairement, elle est hantée par
la vision d’une femme voilée en noir, qui apparaît
et disparaît dans la forêt, et finit par sombrer dans
la folie. Cette oeuvre traduit l’effondrement émotionnel
et psychologique d’une femme musulmane, dont le sens de conviction,
de moralité et de foi religieuse est intégralement
anéanti après une agression sexuelle.
Parallèlement,
toujours inspirée de ces récits, Shirin Neshat a créé
une toute nouvelle série de photographies, qui figurent principalement
des portraits d’hommes et femmes. L’artiste représente
ici des personnages issus du même contexte historique iranien
des années 50. Certains tirages sont rehaussés de
calligraphies à l’encre, donnant ainsi un caractère
narratif mystérieux aux personnages représentés.
Très attachée à ses racines culturelles, Shirin
Neshat réaffirme son amour de la littérature et semble
ici perpétuer à sa manière l’héritage
de l’art ancestral du livre persan, où l’écriture
est en perpétuelle confrontation avec l’image.
Aussi,
quelques photos noir & blanc nous replongent dans le contexte
historique de l’été 53 à Téhéran,
avec des scènes figurant des chorégraphies d’ensemble,
avec plusieurs personnages dans un panorama urbain.
Shirin
Neshat est une artiste iranienne née à Qazvin en 1957.
Immigrée aux Etats-Unis dès 1974 où elle vit
toujours, elle s’est imposée dans le paysage artistique
contemporain, notamment grâce à sa série de
photographies Women of Allah (1994). Sa première installation
vidéo majeure Turbulent (1998) lui valut en 1999 le Lion
d’Or à la Biennale de Venise.
Célébrée
également pour sa réflexion poignante sur la psychologie
perturbée des exilés dans Rapture (1999), l’artiste
a exposé ces dernières années au sein de grandes
institutions muséales et a été récompensée
à maintes reprises.
Source
: Dossier de Presse de la Galerie Jérôme de Noirmont |