LES ABATTOIRS, Toulouse

Miquel Barceló

20 nov. 2009 > 28 fév. 2010

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14 décembre 1982 - 15 janvier 1983 : il y a 27 ans, Miquel Barceló se voyait offrir sa 1ère exposition personnelle à l’étranger, à Toulouse, dans une galerie de peinture alors dynamique dans l’axe sud des Abattoirs, rive droite de Garonne. Succès époustouflant, enthousiasme du public et de quelques professionnels avisés qui accompagneront la marche triomphante de l’artiste à l’international.

Deux ans plus tard, à quelques encablures sur les mêmes bords de Garonne, la préfiguration d’un musée d’Art moderne présentait au Palais des Arts l’exposition collective Art Espagnol Actuel, où l’œuvre de Barceló comblait encore amateurs et jeunes collectionneurs.

S’en suivront des acquisitions de toiles importantes en 1984 et 1992. Elles accompagnent souvent les expositions internationales de l’artiste qui reviendra plusieurs fois à Toulouse, discrètement dans l’atelier du verrier Jean-Dominique Fleury pour travailler aux vitraux de la chapelle Saint-Pierre dans la Cathédrale de Palma de Majorque, pour donner encore trois représentations courues de son Paso Doble au Théâtre Garonne (octobre 2008), tout voisin des Abattoirs qui l’invitent par deux fois cette année 2009 : dans le cadre magique de l’exposition Dreamtime et, surtout, pour la célébration d’un véritable événement personnel.

Après tant de rencontres et de conversations, c’est bien sûr une joie que de l’accueillir, tel le prodigue qui, trop longtemps, a différé l’invitation. Il y répond non sans malice.

Durant la période 1973 - 1982, Miquel Barceló n’a pas encore bravé gloires et déboires d’une vie qui fut tout sauf tranquille à Toulouse, sa 1ère étape internationale en solo, réussie on l’a dit. L’adversité s’en est mêlée, si bien contée par son ami Hervé Guibert dans L’Homme au chapeau rouge (1992). Avatars mercantiles, péripéties frauduleuses, une ville qui explose un matin de septembre 2001… Autant d’incidents qui inquiètent et dissuadent, desservent et éludent l’insistance d’une reconnaissance gratuite au regard de la notoriété.

Mais l’obstination n’a d’égale que la persévérance… Jusqu’à ce jour où l’artiste, très finement, reparaît en quelque sorte à Toulouse avant même d’y avoir établi sa première station. Il y pose aujourd’hui les éléments inattendus qui définissent, en six séquences thématiques, les tenants et les aboutissants d’une œuvre dont l’énergie vitale trouve sa forme accomplie depuis, à vif, dans la matière même de l’action et du sujet. Régénérant !

"Barceló avant Barceló, 1973-1982" présente ainsi une sélection d’œuvres originales et pour la plupart méconnues : des productions antérieures à la reconnaissance internationale de l’artiste lors de sa participation à la Documenta de Kassel en 1982. Nombre d’entre elles proviennent de la collection personnelle de Miquel Barceló, mais également d’institutions publiques et privées espagnoles et françaises ou, encore, de collections particulières. Sont ainsi révélées plus de cent œuvres inédites qui construisent, façonnent et dessinent les traits fondamentaux d’une trajectoire artistique exceptionnelle.

L’exposition insiste sur cette phase expérimentale et fertile de la recherche du jeune artiste qui ose affronter le contexte international pour inventer et positionner les axes essentiels de l’œuvre à venir : engouement pour la matière et les effets de sa transformation, questionnement de la peinture et du pictural, de la représentation et d’une iconographie liée à son environnement immédiat… Peintures, dessins, estampes, poésie visuelle, installations ou illustrations de livres témoignent de l’immense intérêt de Miquel Barceló pour la diversité des langages plastiques.

Divisée en six sections thématiques, Bestiaire, Vanités, Poésie expérimentale, Livres, Portraits et autoportraits, Eléments du paysage, l’exposition fait une large place à l’art conceptuel, à la poésie visuelle, à la figuration expressionniste ou encore à l’abstraction de la matière : autant de preuves de la vitalité, de la curiosité et de l’enthousiasme de Miquel Barceló qui dévoile ici la part substantielle de ce qu’il développera plus tard dans son œuvre majeur.

A Toulouse, l’exposition se complète et s’enrichit de quelques œuvres postérieures à la décennie qui constitue le cœur de notre projet. Elles témoignent de l’aboutissement des recherches et des propositions plastiques qui s’amorcent alors dans ce que l’on pourrait qualifier de véritable phase expérimentale.