CAPC Bordeaux

CAPC, Bordeaux

Avec l’exposition de l’artiste autrichien Heimo Zobernig, la première dans unmusée en France depuis près de vingt ans, le CAPC continue la tradition des projetsmonographiques conçus pour la nef de l’Entrepôt. Après avoir suivi des études de scénographie à Vienne,Heimo Zobernig se tourne vers l’art au début des années 1980. Ses premières peintures déclinent différents tropes de l’abstraction, du geste lyrique jusqu’aumotif géométrique sériel. Ses premières sculptures conçues avec des matériaux pauvres – carton, contreplaqué – reprennent le vocabulaire duMinimalisme.

Le choix dematériaux sans qualité, comme la tentative d’épuisement dumotif pictural à travers sa répétition, inscrivent son travail dans une perspective de critique et de renouvellement. Associé à la NewWave viennoise, l’artiste s’intéresse très tôt à la performance et à la vidéo. Le plus souvent elles détournent sur un modeminimal et low-tech, l’iconographie des performances

Inspiré par la dimension théâtrale de la nef du CAPC, l’artiste y conçoit un dispositif demise en scène au sens littéral. Rideaux rouges etmiroirs forment l’essentiel de l’installation. Leur agencement dénie pourtant la dimension spectaculaire du lieu, à rebours des installations d’oeuvres in situ de lamouvance conceptuelle etminimale qui ontmarqué l’histoire du lieu comme celles des artistes Daniel Buren, Richard Long, ou Jean-Pierre Raynaud. Pour Zobernig, il s’agit d’interroger les mécanismes demonstration et de perception à traversundispositif volontairement déconcertant. On s’attache à regarder les détails : l’étrange coloration du rideau installé dans la première travée de la nef, un rouge presque fluorescent utilisé habituellement sur les sets de télévision pour permettre les incrustations d’images ; dans l’autre travée, nous nous trouvons cette fois face à la représentation virtuelle du rideau, matérialisée par la projection d’une image numérique.

Au fond une large paroi recouverte demiroirs recyclés de précédentes installations, reflète enmosaïque les rideaux (virtuel et réel). Le spectateur se retrouve le protagoniste de cette drôle demise en scène à plusieurs titres : par son reflet dans lemiroir,par l’ombre de sa silhouette qui se découpe sur l’image du rideau virtuel, ou demanière plusmétaphorique lorsqu’il se trouve devant le rideau dont le tissu est utilisé par le procédé technique d’incrustation d’image. La simplicité du dispositif génère paradoxalement de nombreuses interrogations sur lesmodes de représentation et d’exhibition (l’ombre, le reflet, le double, le virtuel, l’illusion, lamise en abyme, la distanciation…).

Lien : Site de la ville de Bordeaux