Carré d'Art Nimes

CARRE D'ART, Nîmes

Peintre d’origine suisse, Valérie Favre s’est tout d’abord fait connaître en France comme actrice puis à partir de 1991 se tourne à nouveau vers la peinture, son premier intérêt. Elle a souvent évoqué ce tournant dans sa carrière comme la possibilité de quitter la place de l’interprète pour celle de l’auteur. Valérie Favre travaille par séries qui s’entrecroisent.

Depuis les années 90, elle établit une taxinomie du pictural à partir d’objets quotidiens : les tapis de bains, l’oreiller, le mouchoir ou d’éléments empruntés à la tradition picturale (les fraises, la robe rouge, le portrait). Une salle dans l’exposition évoquera ce laboratoire de l’œuvre à partir d’une sélection de dessins, carnets, collages, représentation de rêves et de la présence de La Poulinière : objet machine conçue par l’artiste en 1989 pour donner un cadre de temps et d’espace à la représentation qu’elle allait aborder. L’exposition rassemblera plusieurs ensembles d’œuvres à partir de 2002 autour de ses personnages de prédilection : la lapine, l’aigle déchu, les centaures, les majorettes.

Y seront présentés intégralement les séries d’Autos dans la Nuit ou des Suicides. Entre contes et références cinématographiques, la peinture de Valérie Favre n’illustre pas seulement un panthéon personnel. Elle porte une réflexion sur la scénarisation de la société contemporaine.

L’atrium du bâtiment et la première salle ouverte sur l’escalier accueilleront en parallèle à la série des Lapines Univers, un podium repris du logo des films Columbia et un ensemble de bâches conçues par l’artiste à partir de la célèbre scène du landau de Potemkine d’Eisenstein. Ce dispositif vise à propulser le visiteur avant même son entrée dans les salles du musée sur une scène et à l’inclure, comme partie prenante, au processus allégorique et onirique à la base des œuvres récentes de Valérie Favre.

En contraste fort avec les autres salles organisées autour des séries figuratives, la plus grande salle sera consacrée à la présentation de 7 grands tableaux abstraits (300 x 195 cm) Balls and Tunnels. Depuis 1995, une fois par an, Valérie Favre s’affronte à la peinture informelle. Mais contrairement aux vocabulaires expressifs mis en place par les grands peintres de la seconde moitié du XXe siècle, notamment américains, les Balls and Tunnels sont un jeu de hasard. La toile, teintée d’encres dans une baignoire, reçoit des accents portés à l’acrylique. La série déjoue tout lyrisme existentiel mais affirme dans la dérision de son titre sexué l’existence d’une peinture qui ne soit pas le seul apanage des hommes.