Alice Anderson Frac Paca Marseille

Alice Anderson, Miroir Miroir

Au printemps 2008, au FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur à Marseille, au musée national Marc Chagall à Nice et à la Villa Arson dans le cadre d’une résidence, au musée national Pablo Picasso à Vallauris, Alice Anderson propose une exposition en trois lieux intitulée MIROIR MIROIR. D’un lieu à l’autre, elle nous invite à suivre le fil roux d’un conte de fées à la fois troublant et irrésistiblement séduisant - un conte qu’elle tisse dans l’espace ténu qui existe entre la vie et la mort, entre le réel et l’imaginaire, entre elle et ses doubles.

Dans l’exposition La traversée des apparences au FRAC, Alice se penche sur le miroir du conte pour interroger son passé et son identité. Elle construit des « contes freudiens » à partir de situations, d’objets qui lui rappellent son enfance et réveillent en elle des sentiments violents. Sous une apparence séduisante et lisse, ses images parlent de la cruauté des relations familiales. Dans les Souvenirs-Écrans, elle habille de fantaisie ses souvenirs d’enfance, comme pour les tenir à distance. Les photographies tiennent lieu d’écran : écran de protection mais aussi écran de projection.

A l’aide d’un dispositif cinématographique, elle confère aux images une dimension onirique, irréelle et ainsi rend visibles les distorsions opérées par la mémoire.

Si les Souvenirs-Écrans sont des souvenirs construits et artificiels, les Blood Drawings, que l’artiste a réalisés avec son propre sang, sont les empreintes d’une expérience intime. Comme l’héroïne de Lewis Carroll, Alice Anderson s’aventure au-delà du miroir. Traverser le miroir, c’est vivre ou revivre ce moment de solitude, de questionnement et de souffrance intérieure qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte. Au travers de trois de ses contes filmiques - Souffler n’est pas jouer, La Femme qui se vit disparaître et Bluebeard - l’artiste décrit la frayeur de l’enfant contraint de rompre avec ses liens antérieurs et le déchirement qu’engendre la séparation. Dans les films, comme dans l’exposition, l’isolement réel et symbolique est matérialisé par des espaces clos et oppressants. Insomnia, le lit à baldaquin baigné de lumière rose, à la fois séduit et inquiète. Sa présence résume la dualité essentielle du conte, et tout l’enjeu de l’œuvre d’Alice Anderson : derrière la fantaisie et le jeu se cache une réalité amère.