ONE - Saâdane Afif

Pour le Frac des Pays de la Loire, Saâdane Afif structure l’exposition One, autour d’un thème récurrent dans son œuvre : la Vanité, sujet exprimé antérieurement au gré de pièces formellement éclectiques (Vanité, post-it, Le vrai scandale c’est la mort, Power chords...). L’artiste réunit pour cette installation inédite, intitulée Re : Tête de mort, nombre des codes du genre : le crâne, la bulle de savon, le miroir, la musique... La référence à la peinture est omniprésente, et inclut la pratique de l’anamorphose, cet « art de la perspective secrète». En effet, les dalles monochromes qui donnent corps au vaste plafond suspendu dans la salle Jean-François Taddei semblent au premier regard placées selon un schéma abstrait sans réelle cohérence. Elles recèlent cependant une vision latente, que le procédé de pixellisation maintient entre présence et absence. Les grappes de bulles-miroirs posées en équilibre sur deux socles-enceintes portent en elles autant de points de restitution de ce motif qui flotte dans l’espace comme un présage d’image.

Par ailleurs, Saâdane Afif affirme sa qualité de «sculpteur de liens» : il invite Judicaël Lavrador, critique d’art et commissaire, à écrire un texte poétique sur l’œuvre. La forme (des phrases simples, comme dans beaucoup de textes pop), l’idée, la façon dont le texte apparaît dans l’exposition sont pensées et développées comme un processus rigoureux au sein même du travail de Saâdane Afif. À partir de ces contraintes fortes, Judicaël Lavrador déploie son propre imaginaire qui vient nourrir l’œuvre d’un nouveau point de vue, la traduire, la diffracter, l’abstraire aussi.

Un autre dialogue, une autre part d’échange naît de la collaboration avec le duo de graphistes deValence : via les outils qu’ils possèdent (le graphisme, la mise en forme, la typographie, etc), Saâdane Afif les entraîne à donner leur propre lecture de l’œuvre Re : Tête de mort à travers une affiche. En résulte cet étrange poster rock’n’roll et symboliste, réponse inattendue qui témoigne en filigrane du plaisir éprouvé par Saâdane Afif à se faire surprendre par des formes qu’il n’aurait pu développer lui-même et qui enrichissent son travail d’interprétations inédites.

Loin des circuits tautologiques, la démarche de Saâdane Afif cerne précisément ces «endroits du lien» : ceux qui permettent certes de produire des formes figées le temps d’une exposition, mais surtout ceux qui transcendent ces formes dans un mouvement très fluide, où rien n’est définitif. «A travers tout cela, j’essaie de mettre en place quelque chose de complexe : comment puis-je représenter cet endroit-là, qui serait moi, toi, nous face à une œuvre, et ce moment précis où nous devons prendre la responsabilité d’interpréter l’objet sous nos yeux, pour le faire entrer dans notre propre pensée et pour le véhiculer.»

L’exposition s’intitule One, en écho à celle que propose Saâdane Afif au Frac Basse Normandie du 14 mars au 8 juin, qui s’intitule...Two. One two, one two : gimmick fredonné qui annonce le commencement d’une nouvelle chanson, et même d’un nouveau single album, celui que produira bientôt l’artiste à partir des textes de Judicaël Lavrador et des visuels des deValence, présents dans les deux expositions comme un glacis final venant unifier l’ensemble. Avec toujours ce même postulat : créer du sens en créant des liaisons, et générer de nouvelles clés pour entrer dans l’œuvre.